Ce fut une journée faste pour mes yeux, les tétards étaient sortis de leurs billes de gelée et batifolaient dans la fontaine ou j'y trempe mes pieds nus ; les rues au loin bourgeonnaient d'oiseaux nocturnes comme un goût de brise fraîche en maraude, à la gloire incertaine d'une nuit d'avril.
Rousse de soleil comme l'enfant qui s'occupe à des joies printanières, j'égrenais quelques têtes rassemblées au bistrot du "Moonlight", depuis mon jardin.
La tiédeur avait fait sortir très vite les bourgeons verts, la grive sauvage, quelques vieux sycomores et même une merlette ajourée d'une bleu strident qui m'avait regardé de ses yeux noirs, brillants, sans bouger une plume.
Parmi leurs chants, un pouillot véloce calé dans la fourche d'une véronique enfiévrée, bizuitait deux bulbes rebondis quand l'extrémité de la terrasse où s'amassaient les bourdons pubères, glougloutait d'ailes frissonnantes.
Mais tout doux ! Un son m'a frappé l'oreille ; de ce bois il m'est venu. L'esprit de l'obscure et verte clairière dissimulé sous la tonnelle, a murmuré son nom joyeux.
Oui, c'est lui! L'oiseau-ermite, isolé de toute sa tribu, il esquissait doucement pour le doux vent d'ouest, son rituel monotone.
Coucou ! coucou ! Me répéta-t-il. Ses notes étaient sans fard.
Ha, comme j'avais attendu sa mélodie, si simple qui résonne dans les profondes fontaines du coeur.