Eloge de la cuisine de printemps
Les spaghettis à l’Arcimboldo,
Sont tout d’abord cuits à l’eau
Et sont mixés avec des pruneaux.
Puis, tout doucement, on incorpore
Des fruits de saison,
Des fleurs des champs,
Un demi casque de conquistador,
Un livre d’art ancien sur l’Italie,
Une botte toute fraîche de salsifis.
Pour réussir les œufs mimosa,
Il faut habituer une poule
À picorer les boules jaunes de la fleur.
Ayez-soin d’éloigner la foule
Et vous serez satisfait du résultat.
Dites lui que c’est du lilas, si elle a peur.
Si la poule a vraiment cru que c’était du lilas,
Elle vous fera des œufs en meurette,
N’en faites pas cas, dites que c’est chouette.
La poule pourrait alors se vexer,
Et alors il faudrait tout recommencer !
La salade ukrainienne est plus compliquée
Car ce sont des poupées russes
Qu’il vous faut vous procurer.
Les passer ensuite au brou de noix,
Les mettre à sécher, à l’abri, pendant un mois.
Les exposer ensuite au soleil, trois jours.
Vous les présenterez dans un abat-jour
Décoré avec des feuilles de laitue de mer.
Puis ajouter un grand jus de citron vert.
Enfin j’ai gardé pour la fin
Un plat unique pour le quotidien
Des tranches extra fines
De jambon de Parme à la cannelle,
Présenté dans une écharpe en dentelle
Avec simplement sur le dessus
Des fleurs de cerisiers, crues.
Ainsi cette cuisine de printemps
Vous fera apprécier le changement,
Les saisons qui se succèdent,
La vie qui paraît moins laide.
Comme cet étrange habitant de Moselle
Qui regardait, sans cesse,
Passer au loin, les hirondelles.