Mais le chêne et le hêtre sont devenus moins productifs et les années de « glandée creuse » sont de plus en plus fréquente ce qui fait constater à Vauban que la « cochonnerie » est en déclin.
Aux faines et aux glands on prend donc l’habitude d’ajouter d’autres fruits : des fèves dans les Pyrénées, des châtaignes en Périgord, en Limousin, en Catalogne. En Allemagne ce sont les raves et les choux. Dans la région toulousaine, en Béarn c’est une nouvelle plante qui vient d’Amérique dont on se sert : le maïs. Mais ces pratiques ne sont utilisées régulièrement que chez les riches, en effet ce qu’on donne au porc c’est autant qui ne peut être mangé par la famille.
C’est l’introduction de la pomme de terre en Ecosse, en Angleterre et plus tardivement en France qui va donner un nouvel essor à l’élevage porcin, car ce tubercule est très productif, facile à cultiver et comme la médecine considéra longtemps avec méfiance l’emploi de cette plante elle fut dans les premiers temps, tout naturellement réservée au cochon.
Mais tout au long de l’ancien régime, ce qui a gêné le développement d’un véritable élevage du cochon c’est la cherté du sel nécessaire à la salaison, cherté due à l’augmentation constante de la gabelle.
On peut dire que la révolution française, qui supprima cet impôt, et la pomme de terre sont les sauveurs du cochon…
C’est en effet au début du 19ème siècle que sa production augmenta jusqu’à devenir industrielle.
Perdu dans le fil de mes pensées je m’aperçus que nous arrivions à la maison, la voiture remplie de bidoche qu’il fallut décharger, entreposer, protéger.
Quand ce fut fait on passa à table et mon beau-frère fit la remarque que nous n’étions plus très nombreux à tuer le cochon, il se demandait même pourquoi nous le faisions encore.
Alors le soir, je me suis reposé cette question. On peut bien sûr avancer que c’est parcequ’on connaît l’origine de la viande, mais ces mêmes porcs sont vendus à des industriels, on peut également donner l’argument du coût… Mais le travail que la cuisine implique, les produits qu’il faut acheter pour la faire enchérissent le coût d’achat et il n’est pas sûr que le prix de revient soit si éloigné du prix public…
Non, à y bien réfléchir je tue encore le cochon pour garder le plus longtemps possible ce lien qui m’unit à la nourriture, au travail et aux actes primordiaux que sa consommation suppose.
Tuer pour manger. Car en définitive, manger n’est-ce pas que ça ? Tuer. On tue des animaux, on tue des plantes pour manger.
La nature est ainsi faite qu’un équilibre s’instaure entre la mort des uns et la vie des autres.
Nos consommations excessives rompent cet équilibre, celui qui devrait suffire à nous nourrir.
Tuer pour manger, cet acte violent est pour moi difficile à réaliser, mais en le faisant, il me semble que je reste connecté à la réalité de la vie. La difficulté de l’acte, les cris du cochon, la bataille qu’il livre pour nous résister, tout participe à cette conscience de la valeur de la vie.
Loin de la sensiblerie ambiante qui est souvent relayée par les médias, je tue le cochon pour ne pas oublier, pour sans cesse me rappeler que chaque vie est importante et que celle du cochon ne peut pas être interrompue pour rien.
Je vais le manger, alors le tuer prend du sens et quand le tueur plonge son couteau, quand le cochon hurle son cri qui sent la mort, je pense à sa souffrance, à sa douleur, à sa vie, à la vie.
Ce cochon est déjà un peu de moi, et je sais pourquoi lorsque son cri s’éteint me viennent ces mots : « Mon cochon, si tu savais ! ».