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Poème écrit par Yannouheux

Papa

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Papa nous sommes quittes, oublié l’aumône
En me concevant tu te sauvais d’Algérie
En naissant j’allais effacer cette guerre patrie
Dont tu n’as pas su et pas pu affronter les fantômes

En naissant je te délivrais
Et j’ai pris sur moi, toi, tes histoires
Tu m’as fait porter tes espoirs

J’étais ce qui lavait les péchés
je représentais les actions compensatrices
J’étais à la fois le pendant des actions destructrices
Et la vie qui te renvoyait à tes supplices

C’était trop lourd
C’était à toi de les affronter
C’était à toi de ne pas m’abandonner la culpabilité
Je n’avais pas à être ce qui te permettait de vivre
Je n’avais pas à être le détour
Qui te permettait de recueillir tous les atours

Dans le ventre de ma mère
Tu cherchais un fusil
Pour protéger ta vie.
Ma mère avait peur pour moi
Et je connais cette peur
Elle est inscrite dans ma chair
Comme elle t’as toujours habitée

Tu as cru fuir
En aimant d’autres femmes
Tu as cru renouer avec la vie
En faisant des enfants
Tu as cru te sauver
En t’oubliant dans l’éducation des autres

Tu avais sans doute raison
c’était ta solution
Car quelque chose était mort à l’intérieur
Mais tu voulais souffler sur la flamme
Pour oublier tous ces oriflammes

Tu t’en es finalement pas mal sorti

Pas moi
Je ne pouvais aimer complètement
Car j’avais peur des enterrements
Je ne pouvais laisser ou tromper
La femme qui m’aimait ou que j’aimais
Car j’avais peur de tromper
Et maman
Que tu abandonnais régulièrement
Et ma sœur
Que tu mettais sur un piedestal
Comme une divine vestale

Je devais te réaliser
je ne pouvais que me mesurer
A tes ambivalences
A travers mes errances

Je devais porter tes colères
Pour me faire pardonner
D’être à la fois la vie
A la fois le mort
D’être un fruit mitigé
De l’amour
A la fois l’espoir
Mais aussi l’éteignoir

Le premier
A être signe
De fin de liberté
Et le signe
D’une libération

Mais non, ça ne m’appartient pas
C’est à toi
Mais tu n’es pas responsable
Ce sont tous ces salauds
Qui décrètent la guerre
Et la font faire aux autres
Tous ces fumiers
Qui ne t‘ont pas laissé le choix
Qui t’ont volé ta jeunesse
Et même voulu t’empêcher
D’enseigner
Qui ont coupé les ailes
A ton amour
Et cassé ton cœur d’artichaud

Reprends tout
Je ne veux plus porter tes fardeaux
Libère moi de tes tensions
Pour que nous puissions rêver à l’unisson
Pour que je puisse déployer mes ailes
Sans traîner ces tristes poids éternels

Non tu n’y es pour rien naufragé
Mais j’abandonne tout sur le pavé
Je ne suis pas né pour être utile
je ne veux garder que le futile

Je n’ai plus qu’à souffler
Pour que tout s’envole
Et que mes douleurs décollent
Il me faut tout déposer à tes pieds
Et juste m’en aller

Tous droits réservés © Poème posté le 13/07/2025 par Yannouheux

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