Vous avez lu les PPPF ? - Bravo ! Essayez donc « Les Gloses » ! (28 épisodes)
Exégèse sans prétention
Cette subjective rubrique
Analysera, brique à brique,
La poétique construction....
Glose N° 1
"De l'histoire de la rime, et autres subtilités"
(Je tiens d'abord à prévenir le lecteur éventuel que mes gloses, théoriques et péremptoires affirmations, n'ont aucune présomption à toucher l'universelle vérité, que mon savoir est parcellaire, au mieux, et que tout apport d'informations contradictoires ou supplémentaires sera le bienvenu !)
Avec des origines hypothétiques oscillant entre Germanie et Orient, la rime serait apparue, à l'état embryonnaire, (comprendre : une vague homophonie) au premier siècle après J.C, échappée des geôles romaines via des légionnaires qui l'auraient, ainsi que spores ou pollens, répandue à travers les pays conquis, et c'est en Gaule qu'elle se serait fixée, originellement.
Elle était alors considérée comme un amusement plébéien, et fort méprisée, car la poésie, infiniment plus ancienne, tenait plutôt du rythme que de la rime : succession de trochées et de iambes, sons longs ou courts, hexamètres, pentamètres, etc.
(J'ose supposer la Poésie quasi-éternelle, et encore antérieure aux exercices gréco-latins ; pour moi, sa première expression construite en doit être la musique, laquelle est largement préhistorique (voir "lithophone"), puis la sculpture, et le dessin (les formidables évocations pariétales) ; l'écrit, code complexe et profondément décalé du réel, quant à sa construction, n'apparaissant que bon dernier...
"Ainsi le chœur des romances
À la lèvre vole-t-il
Exclus-en si tu commences
Le réel parce que vil"
Mallarmé
Ceci dit, il semble que les premiers rappels sonores se sont plutôt composés d'assonances, et que ce soit la poésie latine chrétienne, née de l’affaiblissement de la prosodie gréco-romaine, qui ait peaufiné l'homophonie jusqu'à la rime proprement dite (d'abord sur la similitude vague du dernier son du vers), et ce aux alentours du huitième siècle, ce qui ne nous rajeunit pas !
Je finirai ce bref exposé - mais d'autres suivront - en vous livrant la fabuleuse traduction rimée d'une poétesse bien antérieure à la rime, dont la puissance d'évocation n'est guère parvenue jusqu'à nous (malgré les louables efforts de Boileau et maintes versions dont le côté essentiellement technique assassine l'immense portée poétique), que grâce, à ma connaissance, au seul génie littéraire de Marguerite Yourcenar (le Jedi !).
Il s'agit de l'immortelle Sappho, (7ème siècle avant J.C) -
Dont, hélas ! il ne reste que des bribes - et quelles bribes !
"Vous vous cachiez, enfants, au pied du laurier sombre
Vous vous dissimuliez sous son grand manteau d'ombre,
Quand je passais, hier, allant vers la cité.
Et moi, je vous voyais, j'ai vu votre beauté,
Et ce vin du regard, je l'ai bu à longs traits.
Ceux qui m'accompagnaient, où étaient-ils ? Distraits,
Mes yeux allaient vers vous ; et je n'entendais plus
S'échanger près de moi les propos superflus.
Ô rumeurs de l'amour, clairs et sereins attraits !"
...Et moi, quand je lis ça, pour la centième fois, les larmes me montent, tant c'est beau !
(Vu la difficulté de l'exercice, on fera grâce au "Jedi" des licences qu'elle s'autorise, du point de vue de la règle classique,tout au long de "La couronne et la lyre", livre majeur de l'azur, pour se pencher sur l’exploit de la transmission du rendu !)
A plus,
Salus