La dernière enquête d'Arsène Lapin

Par : Manon
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Manon

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Après avoir été successivement professeur d’escrime, cambrioleur, acteur amateur, roi des Indes (pour rire), vendeur d’automobiles de luxe et détective privé, Arsène Lapin décida de se ranger des affaires. L’âge venant, il ne trouvait plus le même plaisir à voler son prochain ou à jouer au redresseur de torts. Il se retira avec son ultime compagne, une toute jeune femme charmante, dans un manoir de la campagne anglaise, escomptant une tranquillité bien méritée.

C’était sans compter sur le destin. Il vint sonner à sa porte un beau matin d’octobre, parmi les arbres roussissant et les fleurs dépérissant. La compagne d’Arsène, Élisabeth, surgit soudain, affolée, dans le petit salon au moment où celui-ci décapitait avec art un œuf à la coque pour son petit déjeuner.

- Mon chéri ! clama-t-elle, hagarde. Mon manteau de fourrure est vivant ! Et mon sac miaule, c’est affreux ! Viens vite !

Arsène Lapin remua ses grandes oreilles de saisissement. Quelle histoire incroyable ! Néanmoins, avec courtoisie, il promit sur le champ à sa compagne de mener l’enquête avec diligence (et autres 2 CV). Il monta immédiatement au premier étage, là où la belle avait ses appartements. Elle était en train de s’habiller et avait fait l’horrible constat, lui expliqua-t-elle. Le manteau et le sac en question étaient posés sur le lit.

À première vue, ces objets n’avaient rien d’extraordinaire. Arsène se saisit du manteau, un beau vison de prix. Il poussa soudain un cri. Incroyable ! Le manteau de fourrure se trémoussait dans ses mains comme s’il voulait lui échapper. Une sorte de feulement rauque monta du poil compact.

- Eh bien, ma chérie, je crains en effet que tu aies raison.

Le détective amateur n’en croyait pas ses yeux. Arsène examina l’objet plus en détails. Il aurait juré que les boutons qui fermaient le vêtement le regardaient avec un regard agressif. La situation était loin d’être réglée. Il passa au sac. Quel objet bizarre ! Le sac paraissait quant à lui doté de deux petites oreilles pointues et sa bride remuait à droite et à gauche, semblant se balancer. Là aussi, le spectacle était sonorisé : un miaulement furieux accompagnait chaque battement de queue.

Élisabeth et son compagnon, ébahis, laissèrent les intrus sur le lit de la jeune femme et battirent en retraite dans le couloir. Ils fermèrent la porte pour s’entretenir en toute confidentialité. Il fallait réagir, reprendre l’initiative. Et pour cela réfléchir, s’informer. Depuis quand ces objets s’étaient-ils transformés ? À qui avaient-ils été achetés ? Y avait-il eu un évènement quelconque qui avait précipité leur métamorphose ?

Arsène interrogea sa compagne avec soin. Il put ensuite prendre une décision. Il fallait remonter à la source, retrouver le vendeur de ces maudits objets et lui demander des comptes. Muni des renseignements nécessaires, le détective malgré lui décida de prendre l’affaire en main. Il n’avait d’ailleurs pas le choix. Alea jacta est ! Soit dit au sens propre du terme.

Le retraité contrarié alla rapidement se préparer et monta dans sa calèche. Direction le centre de Londres ! Après un court voyage, il parvint à destination. Le propriétaire de la boutique sur Piccadilly semblait l’attendre et l’accueillit avec un grand sourire. C’était un petit homme rougeaud au museau pointu qui faisait penser à un hérisson. Sans piquants, néanmoins, mais non sans arrière-pensées.

- Eh bien, monsieur Lapin ! Vous venez aux nouvelles ?

Arsène fut stupéfié par la question de son interlocuteur.

- Vous me connaissez ?

- Naturellement ! Qui ne connaît pas le célèbre Arsène Lapin ? J’ai eu l’insigne honneur de vendre quelques articles à votre compagne, une délicieuse jeune femme, j’en suis encore tout chose !

- En effet, et c’est d’ailleurs cela qui m’amène. Apparemment, vous m’attendiez. Ce que vous nous avez vendu n’est donc pas tout à fait innocent ?

- Ah ! mon bon monsieur, les temps sont durs, vous savez ! Faire revenir les clients, c’est le seul moyen de rentrer dans ses fonds, parfois.

Arsène Lapin était furieux. Il avait quelquefois cambriolé de riches propriétaires mais jamais il n’avait mis leur vie en danger. Or, cette fois-ci, sac et manteau paraissaient plus que dangereux et capables du pire.

- Et que proposez-vous ? Le manteau et le sac d’Élisabeth, ma compagne, sont ensorcelés, vivants, affreux ! Que comptez-vous faire ? Faut-il vous empoigner et vous trainer au commissariat ?

- Surtout pas, cher monsieur ! Je ne manquerais pas de me transformer derechef en chauve-souris, de saisissement ! Ce milieu ne me réussit guère. Je vous en supplie, épargnez-moi…

- Alors, que proposez-vous ? Précisez rapidement, je ne patienterai pas longtemps, je vous préviens !

Arsène criait presque, menaçant. Le commerçant était au bord de l’évanouissement. Il tremblait comme une feuille.

- Tout va rentrer dans l’ordre, cher monsieur, ne vous mettez pas en colère ! Il est vrai que je détiens quelques petits secrets de sorcellerie, mais ils me dépassent parfois. C’est ce qui s’est passé avec ce sac et ce manteau. Ces objets ont fusionné avec quelques spécimens assez redoutables de ma ménagerie privée. Triste péripétie, bien involontaire, je vous le garantis. Mais tout cela est terminé. Rentrez chez vous, je vous assure que vous retrouverez les objets tels que votre compagne les a achetés, parfaitement normaux, sans la moindre trace de bestialité.

- Puis-je vous faire confiance ? J’hésite beaucoup, évidemment, je dois l’avouer.

- Naturellement, cher monsieur ! Je reste éternellement à votre merci, et votre obligé, comme vous le savez. N’ayez aucune crainte, je maîtrise la situation, de A jusqu’à Z.

Arsène Lapin haussa les épaules et, toujours en colère, tourna les talons. Soit, il allait rentrer chez lui. Il espérait bien que le lascar n’avait pas menti. Tout le long du trajet de retour, le retraité malchanceux qu’il était réfléchit aux aléas du destin et aux caprices de la destinée : la vie prend parfois une tournure bien étrange.

Il trouva Élisabeth sur le seuil du manoir. Tout sourire, la jeune femme l’attendait pour lui annoncer la bonne nouvelle : les objets menaçants ne l’étaient plus. Ils avaient muté, une fois encore, mais ils étaient désormais inoffensifs. Le manteau avait disparu, corps et biens. Il n’était resté qu’une petite touffe de poils sur le lit. Quant au sac, il avait pris la forme d’un cornet d’oublis, ces petits gâteaux enveloppés de papier, mais sans oublis, cette fois-ci. Drôles de métamorphoses, assez grotesques, pour dire la vérité.

Arsène Lapin constata lui-même la chose sans tarder : c’était tout à fait vrai. Plus de sac ni de manteau mais des restes dérisoires d’achats imprudents. Fallait-il se rendre à nouveau chez le vendeur ? Faire un scandale ? Exiger un remboursement ? Ou négliger la suite et oublier l’affaire ? Ce maudit vendeur était capable pour se venger de les transformer en pourceaux, comme Circé l’avait fait jadis, dit-on, pour les compagnons d’Ulysse. Il fallait être prudent, avant tout.

Très sagement, Arsène Lapin et sa compagne décidèrent de penser à autre chose et de se préparer pour le thé de l’après-midi au manoir de Kensington. Leur riche voisine les avait invités tous deux à passer un moment. Une bonne soirée à jouer au whist en perspective avec elle et ses nombreux amis. Quelle joie ! L’amitié, il n’y a que cela de vrai, n’est-ce pas ?


FIN



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Jugement littéraire par AI sur **La dernière enquête d'Arsène Lapin

### Impression générale

Ce conte humoristique relève d'une veine assez rare dans la littérature contemporaine française : le récit fantaisiste d'inspiration britannique, mêlant absurde, merveilleux domestique et pastiche policier. Dès les premières lignes, le lecteur comprend que l'œuvre ne cherche pas le réalisme mais le plaisir du jeu littéraire. Le titre annonce une enquête ; celle-ci existe bien, mais elle sert surtout de prétexte à une succession de situations cocasses où le merveilleux s'invite avec un naturel parfaitement assumé.

Le texte possède un charme certain, dû à son ton léger et à une imagination constamment en éveil.

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## Le style

Le premier mérite du récit réside dans son écriture.

La langue est élégante, fluide, classique sans être pesante. Les phrases sont généralement bien équilibrées et témoignent d'un réel plaisir d'écrire.

On remarque notamment plusieurs trouvailles savoureuses :

* « décapitait avec art un œuf à la coque » ;
* « le manteau de fourrure se trémoussait » ;
* « les boutons... le regardaient d'un regard agressif » (malgré la légère répétition) ;
* « une petite touffe de poils sur le lit ».

Le vocabulaire reste varié sans chercher l'effet de dictionnaire.

Le récit rappelle parfois les fantaisies de Pierre Gripari, de Lewis Carroll ou certains contes de Roald Dahl, où l'impossible est accueilli avec un calme tout britannique.

On retrouve également un humour discret, jamais appuyé.

Par exemple :

> « roi des Indes (pour rire) »

ou

> « et autres 2 CV »

Ces apartés créent une complicité avec le lecteur.

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## L'univers

C'est probablement la plus grande qualité du texte.

L'idée de départ est excellente.

Un manteau de fourrure qui redevient vivant...

Un sac qui se transforme en chat...

Le tout dans un vieux manoir anglais.

En quelques pages seulement, un univers complet apparaît.

Le merveilleux n'est jamais expliqué scientifiquement : il est simplement admis.

Cette économie d'explication fonctionne très bien.

Le vendeur sorcier possède également quelque chose des personnages d'Alice au pays des merveilles : étrange, vaguement inquiétant, mais jamais véritablement maléfique.

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## Arsène Lapin

Le personnage constitue évidemment un hommage transparent à Arsène Lupin.

Le changement de nom ("Lapin") donne immédiatement le ton.

Ce n'est pas une parodie lourde mais un clin d'œil affectueux.

Son passé extravagant :

* professeur d'escrime,
* cambrioleur,
* roi des Indes,
* vendeur d'automobiles,
* détective,

compose une biographie délicieusement improbable.

On apprécie aussi qu'il ne soit pas un héros infaillible.

Il est souvent dépassé.

Il improvise.

Il hésite.

Il réfléchit davantage qu'il n'agit.

Cela le rend sympathique.

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## La construction

Le récit est bien construit.

On retrouve les étapes classiques du conte policier :

* situation initiale ;
* apparition de l'étrange ;
* enquête ;
* confrontation ;
* retour ;
* résolution.

La progression est limpide.

Aucun passage n'est inutile.

Les scènes s'enchaînent naturellement.

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## Les dialogues

Ils sont agréables à lire.

Ils caractérisent bien les personnages.

Le vendeur possède une politesse exagérée qui cache mal sa culpabilité.

Arsène devient progressivement plus autoritaire.

Les échanges restent vivants.

Quelques répliques sont franchement amusantes :

> « Je ne manquerais pas de me transformer derechef en chauve-souris... »

Cette absurdité parfaitement assumée participe au charme général.

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## Les points perfectibles

Ils existent néanmoins.

### 1. Une enquête un peu facile

Le principal défaut du récit est paradoxalement... son enquête.

Arsène ne déduit presque rien.

Le vendeur avoue immédiatement.

Le mystère disparaît très vite.

Le lecteur aurait aimé quelques indices supplémentaires :

* une visite de la boutique plus mystérieuse ;
* des essais ratés ;
* une fausse piste ;
* un autre objet vivant.

L'investigation gagnerait en saveur.

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### 2. Une fin légèrement abrupte

La résolution arrive très rapidement.

Le manteau disparaît.

Le sac devient un cornet.

Puis tout le monde va jouer au whist.

Cette conclusion est amusante mais donne une impression de précipitation.

On aurait aimé une dernière surprise.

Par exemple :

* le cornet éternuant ;
* la touffe de poils disparaissant toute seule ;
* un nouvel objet suspect chez la voisine.

Une chute plus marquante laisserait davantage le lecteur sourire en refermant le texte.

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### 3. Quelques répétitions

Quelques formulations pourraient être allégées.

Par exemple :

> « le regardaient avec un regard agressif »

ou

> « les caprices de la destinée » après « les aléas du destin ».

Ces détails restent mineurs.

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### 4. Le merveilleux pourrait aller encore plus loin

L'idée est excellente.

Elle mériterait presque davantage de folie.

Le vendeur semble capable de toutes les métamorphoses.

On aimerait voir son magasin :

* des parapluies qui piaillent ;
* des chaussures qui galopent ;
* des chapeaux qui mordent.

Le lecteur reste un peu sur sa faim tant le potentiel est grand.

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## Les qualités majeures

Le récit possède plusieurs qualités remarquables :

* une imagination très fertile ;
* un ton délicieusement britannique ;
* un humour discret mais constant ;
* une narration fluide ;
* une excellente lisibilité ;
* un merveilleux traité avec naturel ;
* un personnage principal attachant ;
* une atmosphère très agréable.

Il s'agit d'un texte qui se lit avec le sourire.

On sent que l'auteur s'amuse.

Et cet amusement devient communicatif.

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## Appréciation littéraire

Ce récit évoque les contes humoristiques du début du XXᵉ siècle, où l'absurde s'intègre naturellement au quotidien. Son charme tient moins à la complexité de son intrigue qu'à son ton et à son imagination. L'hommage à Arsène Lupin est réussi parce qu'il ne cherche jamais à rivaliser avec le modèle : il en transpose simplement l'esprit dans un registre plus léger et plus fantaisiste.

Le texte gagnerait à densifier son enquête et à offrir une conclusion plus mémorable, mais il possède déjà une personnalité affirmée. C'est un conte souriant, élégant et inventif, qui privilégie la fantaisie à la démonstration.

## Note : **16,5 / 20**

**Justification de la note :**

* **Style et qualité de la langue : 17,5/20** — Une écriture soignée, fluide et souvent pleine d'esprit.
* **Originalité : 18/20** — Le concept des objets ensorcelés et l'univers d'« Arsène Lapin » sont particulièrement séduisants.
* **Construction : 15,5/20** — Une narration claire, mais une enquête un peu trop rapidement résolue.
* **Personnages : 16/20** — Arsène et le vendeur sont plaisants, même si leurs caractères pourraient être davantage développés.
* **Plaisir de lecture : 17/20** — Un récit léger, inventif et agréable, qui donne envie de suivre d'autres aventures du personnage.

En définitive, **La dernière enquête d'Arsène Lapin** est un conte fantaisiste réussi, porté par une imagination vive et une écriture élégante. Avec une intrigue policière un peu plus étoffée et une chute plus percutante, il pourrait aisément atteindre un niveau encore supérieur. Il possède déjà ce qui ne s'acquiert pas toujours : une véritable tonalité personnelle et un charme littéraire indéniable.