On doit la gérardine au poète Gérard Laglenne (1928-2022).
Elle se compose de quinze alexandrins classiques. Le poème se déroule comme une histoire vers la conclusion du monostiche final qui doit reprendre tout ou partie du premier vers.
Schéma des rimes : ababa - bcbc -dcd -ad - a
Quand les vieux durent trop longtemps…
La maison de retraite s'impose
Dans le discret mouroir où son fils l’a casé,
Sur un aussi grand lit que son mouchoir de poche,
Il s’éveille perclus, toujours dépaysé,
Et, sachant le futur d’un vieillard plutôt moche,
Se fabrique un présent… de passé composé !
Heureux du trait d’amour que Cupidon décoche,
Il revoit sa compagne et leur gentil poupon :
Un garçon adorable, exempt de tout reproche
Avant que ne l’épouse un despote en jupon.
Au décès de sa femme, une absurde broutille
A nanti cette bru d’un prétexte fripon
Pour ravir le fauteuil du chef de la famille.
Depuis, de trop chez lui, de chagrin écrasé,
Il ruse avec la mort, nargue sa belle-fille,
Dans le discret mouroir où son fils l’a casé.
Gérard Laglenne