Anacréontique

Définition :

La poésie anacréontique trouve son origine, par sa manière ou son ton, dans l’œuvre d’Anacréon, l’un des plus grands poètes lyriques de la Grèce antique.
Du point de vue métrique, l’écriture doit se référer à un style léger, l’ode anacréontique, moyen d’expression particulièrement prisé, se caractérisant, en principe, par un nombre restreint de strophes, sans caractère fixe, aux vers simples dont les mètres n’atteignent le décasyllabe.
Sur le plan thématique, on aborde, comme celui qu’on surnomma « Le chantre de Téos » ou « Le vieillard de Téos » et qui consacra surtout ses vers aux plaisirs doux, badins, décents de l’amour et du banquet, une philosophie où la vie se conjugue en choses faciles, agréables, naïves, tendres, au rendez-vous voluptés légères au caractère éphémère, érotisme maniéré, mythologie gracieuse, le ressenti l’emportant sur le vécu dans l’expression artistique.
Adeptes de ce genre, dont ils ont cherché à imiter l’insouciante gaieté des poèmes, figurent, la liste loin d’être exhaustive, le Grec Marulle, les Latins Catulle, Horace, Tibulle, Laurent de Médicis et les Français Henri Estienne (Odes d’Anacréon), Rémy Belleau, Clément Marot, Joachim du Bellay, Ronsard, l’abbé de Chaulieu, le chevalier de Parny (Poésies érotiques), Bertin, Gentil-Bernard (Art d’aimer), André Chénier (Bucoliques), Leconte de Lisle (Odes anacréontiques).

Exemple :

L’Amour papillon (Ode anacréontique)

Jupiter, outré de colère
D’être blessé par Cupidon,
D’un regard lancé sur Cythère
Changea son fils en papillon.

D’abord en ailes azurées
On vit diminuer ses bras ;
Ses dards, en des pattes dorées ;
Il veut se plaindre et ne peut pas.

L’arc à la main, ce dieu perfide
Ne vole plus après les cœurs ;
Mais, toujours le plaisir pour guide,
Il vole encor de fleurs en fleurs.

Enfin, touché de sa disgrâce,
Jupin lui dit : Consolez-vous,
Amour ; j’excuse votre audace,
Ne méritez plus mon courroux.

Il change : ses flèches cruelles
Reprennent leur premier état ;
Mais il conserve encor des ailes
Pour marque de son attentat.

Depuis, l’Amour, aussi volage
Que le papillon inconstant,
En un instant brûle et s’engage,
Et se dégage en un instant.

François Joachim de Pierres, cardinal de Bernis (1715-1794).