Présente dès la fin du XIIe, l’alternance est, dans toutes les formes classiques ou traditionnelles de la poésie, une règle élémentaire qui s’applique aux rimes féminines et masculines, fussent-elles plates ou suivies, croisées ou alternées, embrassées ou sous une forme fixe, son but étant l’harmonie du texte rimé.
La poésie moderne s’affranchit de cette stricte alternance en l’ignorant ou en pratiquant la rime approximative s’ouvrant sur l’alternance de rimes vocaliques et consonantiques.
1. « Qui dira ma robe fourrée (féminine)
De la belle pluie dorée (féminine)
Qui Daphnes enclose ébranla : (masculine)
Je ne sais rien moins que cela. » (masculine)
(Pernette du Guillet, Rymes)
2. « Pauvres filles de Sion, (masculine)
Vos liesses sont passées ; (féminine)
La commune affliction (masculine)
Les a toutes effacées. » (féminine)
(Robert Garnier, Les Juives, Acte IV, Le chœur)
3. « Mes esprits éperdus frissonnent de terreur, (masculine)
Et, ne voyant salut que par la pénitence, (féminine)
Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance, (féminine)
Et me hait tellement que je m’en fais horreur. » (masculine)
(Mathurin Régnier, Ô Dieu, si mes péchés irritent ta fureur)
4. « La reine Blanche comme un lis (masculine)
Qui chantait à voix de sirène, (féminine)
Berthe au grand pied, Biétris, Alis, (masculine)
Haramburgis qui tint le Maine (féminine)
Et Jeanne, la bonne Lorraine, (féminine)
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ; (masculine)
Où sont-ils, Vierge souveraine ? (féminine)
Mais où sont les neiges d’antan ? » (masculine)
(François Villon, Ballade des dames du temps jadis)
5. « Adieu vergers, les caveaux et les planches (féminine)
Et sur l’étang notre bateau voilier (masculine)
Notre servante avec sa coiffe blanche (féminine)
Adieu vergers. » (masculine)
(Max Jacob, Le laboratoire central, Le départ)
6. « Dans la Haute-Rue à Cologne (féminine)
Elle allait et venait le soir (masculine)
Offerte à tous en tout mignonne (féminine)
Puis buvait lasse des trottoirs (masculine)
Très tard dans les brasseries borgnes » (féminine)
(Guillaume Apollinaire, Alcools, Marizibill)