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Les oeufs frais
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Je l'avais rencontrée, sur la place du marché,
A l'étal du p'tit père
Qui vendait des oeufs frais.
Il y a des jours comme cela, qu'on ne peut oublier,
Qui changent les oeufs frais
En souvenirs salés.


Je l'ai accompagnée, le panier à la main,
Dans une rue pavée,
Prétendue mal famée.
Elle m'a dit : "Si tu veux, je t'offre quignon de pain,
Assorti de baisers,
De muscat en raisin."


Dans un atelier d'art, j'ai posé le panier,
Délicatement, bien sûr,
Compte tenu des oeufs frais.
Nous avons fait l'amour, sur un tapis tressé,
A côté des oeufs frais
Et du quignon de pain.



En quittant l'atelier, j'suis r'tourné au marché,
Le p'tit père à casquette
Avait tout liquidé.
A l'enseigne "La marée", j'ai posé mes filets,
Acheté des crevettes,
Des huîtres de la baie.


La fille du paludier, aux cheveux d'algue ambrée,
M'offrit des astéries
Et du sel des étiers.
Puis elle m'accompagna, bourriche sous le bras,
Vers un vieux chalutier
Ancré au bout des quais.


Sous son corsage bleuté, j'ai trouvé des oeufs frais,
Un parfum de varech
Et de fleur des étiers.
Je ne pensais plus guère aux crevettes en bouquets,
Au p'tit père à casquette,
Ni au tapis tressé.



Quittant le chalutier, je me suis rappelé
Qu'mon épouse attendait
Une douzaine d'oeufs bien frais.
"Dépêche-toi, mon chéri, j'ai très envie d'oeufs frais",
Me dit-elle, contrariée,
Avec l'air fort défait.


Pour arranger mon cas et pour avoir la paix,
J'ai caressé ses seins,
Comme la mer, les galets.
Mais elle en voulut plus, moi qui n'étais pas frais,
J'ai dû m'exécuter,
Voire me surpasser.


Dans ses mots fous d'amour, elle criait : "Mon poulet",
Doux mot aphrodisiaque,
Résurgence du marché.
Il me fallut huit jours pour me remettre sur pied,
En mangeant des oeufs frais,
Des crevettes de la baie.



Ne m'parlez plus jamais de la place du marché,
Du p'tit père à casquette
Qui vend des oeufs bien frais.
Ne m'parlez plus jamais de la fleur des étiers,
Du muscat en raisin,
Même d'un quignon de pain.



Automnale


© Poème posté le 15/03/2015 par Automnale

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