Quand je serai un Turc...
Quand je serois un Turc, un Arabe, ou un Scythe,
Pauvre, captif, malade, et d’honneur dévestu,
Laid, vieillard, impotent, encor’ ne devrois-tu
Estre, comme tu es, envers moy si dépite.
Je suis bien asseuré que mon cœur ne merite
D’aimer en si bon lieu, mais ta seule vertu
Me force de ce faire ; et plus je suis batu
De ta fiere rigueur, plus ta beauté m’incite.
Si tu penses trouver un serviteur qui soit
Digne de ta beauté, ton penser te deçoit,
Car un dieu (tant s’en-faut un homme) n’en est digne.
Si tu veux donc aimer, il faut changer de cœur :
Ne sçais-tu que Venus (bien qu’elle fust divine)
Jadis pour son amy choisit bien un pasteur ?
Pauvre, captif, malade, et d’honneur dévestu,
Laid, vieillard, impotent, encor’ ne devrois-tu
Estre, comme tu es, envers moy si dépite.
Je suis bien asseuré que mon cœur ne merite
D’aimer en si bon lieu, mais ta seule vertu
Me force de ce faire ; et plus je suis batu
De ta fiere rigueur, plus ta beauté m’incite.
Si tu penses trouver un serviteur qui soit
Digne de ta beauté, ton penser te deçoit,
Car un dieu (tant s’en-faut un homme) n’en est digne.
Si tu veux donc aimer, il faut changer de cœur :
Ne sçais-tu que Venus (bien qu’elle fust divine)
Jadis pour son amy choisit bien un pasteur ?
Ce sonnet appartient au second livre des Amours,
surnommé "Amours de Marie" et publié en 1556.
Il serait destiné à Marie Dupin pour l'assurer de son amour.
surnommé "Amours de Marie" et publié en 1556.
Il serait destiné à Marie Dupin pour l'assurer de son amour.
