1. Sonnet
On le tient dans nos mains, si loin des grands déserts,
Le voilà sous nos pas, mais la trace s'efface ;
Compagnon de nos jeux, du rêve et de l'espace,
Il reste pour l'enfant un royaume entr'ouvert.
Devenu la maison, la fenêtre de verre,
Il filtre jusqu'à nous l'eau paisible qui passe ;
Caresse du regard qui jamais ne se lasse,
Nous bâtissons déjà en oubliant la terre.
Le temps glisse à son tour au creux du sablier,
En un fil c'est l'instant qui se fait oublier ;
Il entraîne nos pas vers la mer inconnue.
La main croyait saisir lorsqu'en lui elle plonge ;
Elle ne le retient qu'en dunes ingénues,
Balayées d'un grand vent qui disperse nos songes.
2. Maillet
Et l'homme de sa main voulut le transformer,
En verre, en minarets, en cités souveraines ;
Il enferma ses grains dans ces formes lointaines,
Sans voir que le désert viendrait les réclamer.
Sous la clameur des ports s'envolait sa poussière,
Et l'homme de sa main voulut le transformer ;
Une foule étrangère fut bientôt charmée
Par ces rivages blancs imprégnés de lumière.
Mais le temps, patient, poursuivait son ouvrage,
Tandis que les grands vents ne savaient se calmer,
Et l'homme de sa main voulut le transformer,
Quand le sable déjà effaçait son passage.
L'enfant, les yeux rêveurs, laissait sa main former
Des châteaux que la mer reprenait sans attendre,
De fragiles royaumes voués à se rendre ;
Et l'homme de sa main voulut le transformer.
3. Blague
pour réhumidifier le sable
Deux grains de sable vont à la plage à midi :
« C'est fou ce qu'il y a comme monde aujourd'hui !
— Attends donc le retour : nul ne rentre sans moi ;
Dans l'auto, le maillot, je reste chaque fois. »
