Agapes
3
Disons que nous y sommes
Au temps des ogres
Casaques noires
Toques notoires
Et longues cravaches
Il est même possible
Que cela date
Voire remonte
Au climat diluvien des origines
Où toutes ces choses
S'entremêlent sciemment
Dans l'appétit des ogres
qui désormais déborde
Leurs intentions
Prestement s'annoncent
ils ne cherchent pas
Pas vraiment à les cacher
Leurs paroles sont sans liens
Pas avec les faits
Et il ne s'agit pas seulement
D'incontinence
Le cheptel comestible
Ne les fuit plus
Il s'ennuie
et avance de lui-même
A leur rencontre
Comme eux
Il nie les vraisemblances
Il s'est dilué en chemin
Le sens des mots
Des vérités architecturées
Des réflexions fouillées
Des enjeux raisonnés
Comme choses communes
Les cohortes feignent d'ignorer
L'ogre et son appétit
Elles glissent hypocritement
En filant doux
Elles refoulent
Ce qu'elles encourent
Elles arborent l'aisance
Enroulée des fous
Vous espérez gros
Et de belles émotions
Dit l'un de ceux qui rient
En mangeant
Vous voulez du steak
Et du sang
Des fuyards dramatiques
Et lents
Des incapables à distancer
Des victimes
A portée de vos mains
C'est ainsi que l'orgie sera
Je fournirai le menu
Et le sel
Bien entendu
Il n'y a ni vérité
Ni sincérité dans l'invite
Proies et poursuivants
Tous se ressemblent
Ce sont des victimes
D'une guerre éternelle
Des pions
Dans le carnaval des dupes
Des estropiés de la détente
Les cerveaux embrumés
Les principes embourbés
Et leurs marches
Ce sont celles de mauvaises troupes
Au-dessus du champ de bataille
Deux fentes observent
Celles d'une grosse tête
Figée dans une laque gluante
Les babines sont géantes
Les yeux petits
Et d'une cruauté froide
C'est un faciès d'ogre suprême
C'est en tout cas ce qu'il prétend
Ses babines se retroussent
Jusque sous son nez
Et sa bouche vomit
En tonneaux de sentences
Vers l'en-dessous d'ici-bas
Il ne voit que gens de peu
Matières réductibles
Ce sont ses moins que rien
Approchez mes petits
Propose-t-il gourmand
Avec vos vœux imaginés
Vos enfants disséqués
Vos familles engraissées
Je vous ramasserai
Tels des mets exotiques
La bouche s'interdit peu de paroles
Elle stigmatise en grandes largeurs
Elle se tord selon son humeur
Elle suinte d'un appétit de goule
Quelques-uns lèvent les yeux
Ils se sentent observés
Naïfs ils scrutent l'organe
Sans vouloir indisposer
Ils signent leur étroitesse
L'organe assassin déambule
Il inflige son mal
A toute la beauté du monde
Il renvoie au néant
La nécessaire diversité
En sa salive il siffle l'unité
Tout en offrant la division
Les passants se rassurent
Qu'ils entendent ce qui les arrange
Ils se groupent en troupeaux
Et se serrent en traits compacts
Une sensation apaisante
Chacun fondu dans la foule
Qui viendra l'y chercher
Qui affrontera la multitude
C'est une théorie des masses
Et elle est totalement fausse
Le prédateur rôde
Il sait le troupeau aveugle
Lâche dans ses intentions
Prompt à se disloquer
Il lui sacrifiera les siens
A chacune de ses exigences
La cohorte se dissipe
Car sans liant pas de lien
Pire
L'orgueilleux croit aux sommets
Aux sommets élevés
Où de là-haut se sauver
Son destin serait de l'être
Il rêve d'en avoir le mérite
Nul ne le vise spécifiquement
Il prétend n'être pas concerné
Par le sort de ceux qui tombent
Par les corps déchirés sous les griffes
Par le malheur qui jouxte son regard
Chez lui rien ne l'excède
Ses préoccupations sont sa voie
Sa voie est la seule voie
Indépassable
De même pense l'autre
Qui veut rester sain et sauf
Jusqu'à ce qu'il en soit autrement
Un autre pas moins pragmatique
Pas moins rustique
Pas moins ésotérique
Il finit par saisir
Le bout tout au bout
Par lequel la foule s'agglomère
Tu me prends pour un coquelet
Ou un pigeonneau
Se demande un passant
En cet instant lucide
Il le sent le souffle lourd
C'est l'ogre dans son cou
Il l'entend lui suggérer
Telle ou telle direction
Il devine l'ogre
Satisfait d'être puissant
Et plus malin
Qu'un petit passant
Alors celui-là s'empresse
Il force le pas
Clamant qu'il n'est pas
Pas le plus dupe
Mais pas aussi fort
Pas fort du tout
D'où son inclinaison
A ne pas s'exposer
Il ne voudrait pas
Surtout pas que l'ogre tique
Et l'avale pour un mot de trop
L'ogre dodeline du chef
Dubitatif face au menu
Cela ne leur sert à rien
Qu'ils le fassent
Qu'ils se serrent
S'instituent
Se paient de lois
S'érigent en états
Tout ça fluctue à peine
En rien de plus que néant
Car à la fin ils s'éparpillent
Se dispersent en piaillant
En servant leur progéniture
Aux agapes des ogres
Au temps des ogres
Casaques noires
Toques notoires
Et longues cravaches
Il est même possible
Que cela date
Voire remonte
Au climat diluvien des origines
Où toutes ces choses
S'entremêlent sciemment
Dans l'appétit des ogres
qui désormais déborde
Leurs intentions
Prestement s'annoncent
ils ne cherchent pas
Pas vraiment à les cacher
Leurs paroles sont sans liens
Pas avec les faits
Et il ne s'agit pas seulement
D'incontinence
Le cheptel comestible
Ne les fuit plus
Il s'ennuie
et avance de lui-même
A leur rencontre
Comme eux
Il nie les vraisemblances
Il s'est dilué en chemin
Le sens des mots
Des vérités architecturées
Des réflexions fouillées
Des enjeux raisonnés
Comme choses communes
Les cohortes feignent d'ignorer
L'ogre et son appétit
Elles glissent hypocritement
En filant doux
Elles refoulent
Ce qu'elles encourent
Elles arborent l'aisance
Enroulée des fous
Vous espérez gros
Et de belles émotions
Dit l'un de ceux qui rient
En mangeant
Vous voulez du steak
Et du sang
Des fuyards dramatiques
Et lents
Des incapables à distancer
Des victimes
A portée de vos mains
C'est ainsi que l'orgie sera
Je fournirai le menu
Et le sel
Bien entendu
Il n'y a ni vérité
Ni sincérité dans l'invite
Proies et poursuivants
Tous se ressemblent
Ce sont des victimes
D'une guerre éternelle
Des pions
Dans le carnaval des dupes
Des estropiés de la détente
Les cerveaux embrumés
Les principes embourbés
Et leurs marches
Ce sont celles de mauvaises troupes
Au-dessus du champ de bataille
Deux fentes observent
Celles d'une grosse tête
Figée dans une laque gluante
Les babines sont géantes
Les yeux petits
Et d'une cruauté froide
C'est un faciès d'ogre suprême
C'est en tout cas ce qu'il prétend
Ses babines se retroussent
Jusque sous son nez
Et sa bouche vomit
En tonneaux de sentences
Vers l'en-dessous d'ici-bas
Il ne voit que gens de peu
Matières réductibles
Ce sont ses moins que rien
Approchez mes petits
Propose-t-il gourmand
Avec vos vœux imaginés
Vos enfants disséqués
Vos familles engraissées
Je vous ramasserai
Tels des mets exotiques
La bouche s'interdit peu de paroles
Elle stigmatise en grandes largeurs
Elle se tord selon son humeur
Elle suinte d'un appétit de goule
Quelques-uns lèvent les yeux
Ils se sentent observés
Naïfs ils scrutent l'organe
Sans vouloir indisposer
Ils signent leur étroitesse
L'organe assassin déambule
Il inflige son mal
A toute la beauté du monde
Il renvoie au néant
La nécessaire diversité
En sa salive il siffle l'unité
Tout en offrant la division
Les passants se rassurent
Qu'ils entendent ce qui les arrange
Ils se groupent en troupeaux
Et se serrent en traits compacts
Une sensation apaisante
Chacun fondu dans la foule
Qui viendra l'y chercher
Qui affrontera la multitude
C'est une théorie des masses
Et elle est totalement fausse
Le prédateur rôde
Il sait le troupeau aveugle
Lâche dans ses intentions
Prompt à se disloquer
Il lui sacrifiera les siens
A chacune de ses exigences
La cohorte se dissipe
Car sans liant pas de lien
Pire
L'orgueilleux croit aux sommets
Aux sommets élevés
Où de là-haut se sauver
Son destin serait de l'être
Il rêve d'en avoir le mérite
Nul ne le vise spécifiquement
Il prétend n'être pas concerné
Par le sort de ceux qui tombent
Par les corps déchirés sous les griffes
Par le malheur qui jouxte son regard
Chez lui rien ne l'excède
Ses préoccupations sont sa voie
Sa voie est la seule voie
Indépassable
De même pense l'autre
Qui veut rester sain et sauf
Jusqu'à ce qu'il en soit autrement
Un autre pas moins pragmatique
Pas moins rustique
Pas moins ésotérique
Il finit par saisir
Le bout tout au bout
Par lequel la foule s'agglomère
Tu me prends pour un coquelet
Ou un pigeonneau
Se demande un passant
En cet instant lucide
Il le sent le souffle lourd
C'est l'ogre dans son cou
Il l'entend lui suggérer
Telle ou telle direction
Il devine l'ogre
Satisfait d'être puissant
Et plus malin
Qu'un petit passant
Alors celui-là s'empresse
Il force le pas
Clamant qu'il n'est pas
Pas le plus dupe
Mais pas aussi fort
Pas fort du tout
D'où son inclinaison
A ne pas s'exposer
Il ne voudrait pas
Surtout pas que l'ogre tique
Et l'avale pour un mot de trop
L'ogre dodeline du chef
Dubitatif face au menu
Cela ne leur sert à rien
Qu'ils le fassent
Qu'ils se serrent
S'instituent
Se paient de lois
S'érigent en états
Tout ça fluctue à peine
En rien de plus que néant
Car à la fin ils s'éparpillent
Se dispersent en piaillant
En servant leur progéniture
Aux agapes des ogres
