Le culte de la survie
3
On ne dit pas : « Nous voulons vaincre le temps ».
On dit : « Nous soignons des malades, simplement ».
On brandit des noms, des altérations, des organes :
Alzheimer, le cœur, la fatigue qui gagne.
On fait des journées de dons, d’élans,
Pour des maladies bien repérées, évidement.
Mais en secret, dans d’autres lieux,
On ne parle pas de malades, on parle d’éradiquer les vieux.
On mise des milliards contre la dégénérescence,
On rêve de retarder l’usure, la déchéance.
Derrière les vitres et les discours polis,
Il y a, pour les actionnaires, des marchés fleuris,
Et pour les élus nantis, des futurs traitements.
Alors on apprend à parler aux cellules,
On chasse les vieilles, les fatiguées on les annule,
On murmure aux gènes : « Répare un peu ».
On remplace des pièces, on recoud ce qui peut.
On met le corps en mode « préserver »,
On gagne des années, pas encore l’éternité.
Mais on avance masqués, à pas prudents,
Déguisant l’ambition en traitement.
On teste sur des corps déjà fragiles
Des fragments d’un futur encore indicible.
Ce n’est pas la maladie qu’on vise vraiment.
C’est quelque chose de plus inquiétant, plus dangereux.
Car le temps travaille en assassin,
Il use les corps, lentement, chaque matin.
Et ce meurtrier sans tribunal
S’appelle « âge », s’appelle « normal ».
Mais le guérir, c’est troubler l’ordre du monde,
C’est poser des questions trop profondes :
Qui vivra plus ? Qui vivra longtemps ?
Qui aura droit à plus de printemps ?
Alors on ne le nomme pas.
On l’attaque par la maladie, on ne le regarde pas.
On soigne, oui. Mais en silence, on apprend
À viser plus loin que la guérison assurément.
Car derrière chaque protocole discret,
Il y a un rêve d’éternité
Et une mine d’or à la clef.
Et ceux qui vieilliront normalement
Entendront dire : « Ce n’était pas pour vous.
C’est comme ça ».
Ils regarderont passer leurs nouveaux dieux,
Aux corps entretenus,
Aux visages améliorés,
Aux existences sous garantie.
Et le monde continuera,
Très poliment,
À appeler ça
Le progrès.
On ne sait pas encore remonter le temps,
Ni rendre à l’homme ses vingt ans.
Mais en sourdine, on apprend.
On dit : « Nous soignons des malades, simplement ».
On brandit des noms, des altérations, des organes :
Alzheimer, le cœur, la fatigue qui gagne.
On fait des journées de dons, d’élans,
Pour des maladies bien repérées, évidement.
Mais en secret, dans d’autres lieux,
On ne parle pas de malades, on parle d’éradiquer les vieux.
On mise des milliards contre la dégénérescence,
On rêve de retarder l’usure, la déchéance.
Derrière les vitres et les discours polis,
Il y a, pour les actionnaires, des marchés fleuris,
Et pour les élus nantis, des futurs traitements.
Alors on apprend à parler aux cellules,
On chasse les vieilles, les fatiguées on les annule,
On murmure aux gènes : « Répare un peu ».
On remplace des pièces, on recoud ce qui peut.
On met le corps en mode « préserver »,
On gagne des années, pas encore l’éternité.
Mais on avance masqués, à pas prudents,
Déguisant l’ambition en traitement.
On teste sur des corps déjà fragiles
Des fragments d’un futur encore indicible.
Ce n’est pas la maladie qu’on vise vraiment.
C’est quelque chose de plus inquiétant, plus dangereux.
Car le temps travaille en assassin,
Il use les corps, lentement, chaque matin.
Et ce meurtrier sans tribunal
S’appelle « âge », s’appelle « normal ».
Mais le guérir, c’est troubler l’ordre du monde,
C’est poser des questions trop profondes :
Qui vivra plus ? Qui vivra longtemps ?
Qui aura droit à plus de printemps ?
Alors on ne le nomme pas.
On l’attaque par la maladie, on ne le regarde pas.
On soigne, oui. Mais en silence, on apprend
À viser plus loin que la guérison assurément.
Car derrière chaque protocole discret,
Il y a un rêve d’éternité
Et une mine d’or à la clef.
Et ceux qui vieilliront normalement
Entendront dire : « Ce n’était pas pour vous.
C’est comme ça ».
Ils regarderont passer leurs nouveaux dieux,
Aux corps entretenus,
Aux visages améliorés,
Aux existences sous garantie.
Et le monde continuera,
Très poliment,
À appeler ça
Le progrès.
On ne sait pas encore remonter le temps,
Ni rendre à l’homme ses vingt ans.
Mais en sourdine, on apprend.
il fallait que je le dise...
