Le hammam
1
Expérience contée d'un guide marrakchi
Midi. Les hommes seuls quittaient le lieu grondants,
Laissant murs ruisselants, bancs chauds et voix éteintes.
Alors venait le temps plus calme et plus chantant,
Où les femmes entraient, la vapeur déjà teinte.
À mes yeux d’enfant, des lèvres souriaient larges ;
Des toisons drues, perlées, flottaient dans la vapeur,
Silhouettes montant vers d’onctueux nuages :
C’était un monde heureux où je lorgnais sans peur.
Je grandis. Le gardien prévenu, sans détour
Me dit : « C’est terminé, tu changes de côté. »
Il m’envoya chez eux sans débat, sans retour.
Quel choc ! De vieux poilus, tout secs et rabougris ;
Des ventres, des genoux, des têtes mal peignées…
J’avais appris à voir, et me mis à cligner.
Midi. Les hommes seuls quittaient le lieu grondants,
Laissant murs ruisselants, bancs chauds et voix éteintes.
Alors venait le temps plus calme et plus chantant,
Où les femmes entraient, la vapeur déjà teinte.
À mes yeux d’enfant, des lèvres souriaient larges ;
Des toisons drues, perlées, flottaient dans la vapeur,
Silhouettes montant vers d’onctueux nuages :
C’était un monde heureux où je lorgnais sans peur.
Je grandis. Le gardien prévenu, sans détour
Me dit : « C’est terminé, tu changes de côté. »
Il m’envoya chez eux sans débat, sans retour.
Quel choc ! De vieux poilus, tout secs et rabougris ;
Des ventres, des genoux, des têtes mal peignées…
J’avais appris à voir, et me mis à cligner.
