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Le rendez-vous d'Uyuni
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À l’Hôtel de sel du Salar d’Uyuni (*) je t’ai donné rendez-vous mon amour

mais tu ne m’y trouveras pas

L’hôtel surgit comme une chimère absurde du cœur du salar, lorsqu’on a longtemps marché par l’éblouissement interminable des plaines étincelantes, et que les vêtements craquellent de sueur accumulée

Les murs y sont de sel, et les tables, et les sièges, les faïences même y sont de sel

on n’y sert jamais nulle provende

Seul le vent t’y accueille, le grand vent qui hante, éternellement inapaisé, les hauts-plateaux de la Bolivie ; les portes battent, la poussière cuisante crisse sous les pas et sous les dents, on ne ronge ici que le sel

On s’y effondre après avoir longuement cheminé au travers de la dalle miroitante, de la croûte blanche et poudreuse qui corrode le cuir des chaussures ; virginité malsaine sous le soleil d’altitude qui rend aveugle et qui rend fou, et dont la dure réverbération à la surface du salar macère les corps et fait pleurer les yeux, pleurer des larmes de sel, jusqu’à la cécité, mon amour

Et la soif est comme un tison cruel qu’on porte en soi et jamais ne vous quitte

Et le sel mord les lèvres comme une bête rétive

Fantômes trépidants pressentis dans la brume, ondulent au loin les véhicules qui emportent leurs passagers désincarnés vers l’illusoire de rives verdoyantes ; ils ne t’adresseront pas la parole, ne te diront rien, car vous n’êtes plus du même monde, mon amour

Ils te regarderont derrière leurs vitres teintées et riront de toutes leurs dents de sel, comme des morts

Au Salar d’Uyuni nul ne parle à personne, il n’y a que le désert austral, inexorable et sans mesure, qui ne reflète que le soleil et le vent ; et la chaleur qui monte en ondoyant, offrande amère à l’insolence du ciel trop bleu

Alors tu réendosseras ton sac, et pleurante et aveugle tu repartiras au travers de l’altiplano purifié par les vents, trébuchante parmi les draperies de lumière crue qui tombent d’un ciel impitoyable, à la recherche de la trace incertaine des vigognes


La huella de las vicuñas
eso solo encontrarás
pero a mi nunca jamás
pero a mi nunca jamás… (**)
(*) L’Hôtel de sel du salar d’Uyuni : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Salthotel6.jpg

(**) Écouter sur YouTube, interprété par Atahualpa Yupanqui :
https://www.youtube.com/watch?v=814wPcVN350

Tous droits réservés © Poème posté le 19/12/2025 par Tontonjacques

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