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Ponctualité

10h45 ce matin tu m'écris:
"S'il te plaît reste clean aujourd'hui, ma grand mère est en train de mourir, je besoin que tu t'occupes des enfants pendant mon absence."
Mais je suis déjà sur le parking à attendre le gars.
C'est d'ailleurs le revendeur le plus ponctuel que j'ai connu. Toujours à l'heure.
A 10h50, j'avais déjà fait disparaitre une belle poutre.
En aurait été il autrement s'il avait été en retard?
Non, probablement.
Alors que je m'en prépare une deuxieme, je reçois un autre message: "S'il te plaît. Je te le demande"
Je vais bien mieux déjà.
Je reprends la route
Quand j'arrive chez toi, notre fille ouvre la porte.
Elle s'est brossé les cheveux et porte un diadème en plastique bleu. Elle m'enlace en criant : "papa!"
Je lui dis qu'elle est belle.
Notre fils n'est pas là. Il est parti jouer aux échecs avec le père d'un copain.
Tu m'auscultes.
C'est rapide.
Tu ne parles même pas, tu t'en retournes simplement à la vaisselle du petit déjeuner.
Je suis transparent pour toi, tu devines tout.
Et je ne te cache jamais rien.
"Tu fais chier"
"J'étais déjà sur le parking quand j'ai reçu ton message. C'est comme j'te dis"
"Je ne sais pas si je dois partir du coup"
Je te dis de ne pas hésiter, que certaines personnes ne meurent qu'une fois. Et que si tu ne vas pas la voir, tu m'en voudras éternellement
"Je t'en veux déjà" tu dis
"Ça va aller"
" Comment est-ce que je saurais?"
Je répète: "Ça va aller"
"Écoute, je serai absente quatre peut être cinq jours, pas davantage"
"C'est okay"
"Les copains sont prévenus si c'est trop compliqué pour toi"
"C'est bon j'te dis"
"Tu n'iras pas voir le gars?"
"Je n'irai pas le voir"
Tu me regardes droit dans les yeux et moi je t'offre mon plus résolu visage.
"Je t'ai fais une liste. Billie à une sortie scolaire lundi. Ne prends pas son sac d'école juste son petit sac à dos noir avec ses sandwichs, sa gourde et ses chips. Ça ira?"
"Ça ira."
"Je monte préparer mes affaires et j m'en vais"
Tandis qu'elle est à l'étage, je vais aux toilettes et je ferme la porte à clef. Sur le couvercle en céramique de la reserve d'eau, je concasse bien les petits cailloux avec ma carte de sécurité sociale, je les reduis en poudre fine avec le tranche puis je dessine une belle ligne et je me l'envoie en même temps que je tire la chasse, pour que le bruit de l'eau couvre celui de l'air qui s'engouffre dans ma narine.
Quand tu redescends avec ta valise je suis allongé sur le canapé faisant mine de lire une pièce de Peter Handke.
"Ça va aller?"
"Oui. Tu peux y aller"
Tu embrasse notre fille et tu sors de la maison
Je t'entends démarrer la voiture.
Tu passes le virage.
Maintenant tu es partie pour de bon.

Je lis la traduction de Petet Handke mais chaque nouvelle phrase chasse la précédente. Je ne comprends rien à ce que je lis. Je balance le livre sur la table basse.
Je suis en pleine confusion.
Tout ce que je sais c'est que demain matin j'emmènerai les enfants à l'école et j'irai les chercher à la sortie.
Je serez au point de rendez-vous, à l'heure exacte.
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© Poème posté le 23/08/2025 par Jeremyquincay

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