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Le bon temps (ou L'odeur du sable chaud)

Je n’ai rien possédé à part des souvenirs,
Troqués dans un comptoir borgne de Bornéo,
Rien cédé sur le fond, mes fonds pour voir venir,
Pochent mon cargo fané : traveller’s chèques, Oréos.

Signes particuliers ? Mes papiers disent néant,
J’y patauge à loisir, pataugas, pas trainant,
Age non communiqué, genre indéterminé,
Inconnu de l’époque qui veut m’incriminer.

Manquent, Montand et Trenet :- quand trainent Nationale 7,
S’la pétant, l’aire bondée, cagoles, et pétassons,-
Copains, pétanque, bon temps, quand, des calanques à Sète,
Brassens vagabondait, gentiment polisson.

Quelle corvée qu’y paitre, moutonniers pâturages,
Au climat oscillant de crachin à grésil,
Le gout d’eau minérale de l’incolore breuvage,
Embrasa mes désirs tel l’élève de Musil.(1)

Ma mémoire fainéante a un cours sinueux,
De traitres barbelés de frontière sino-russe,
Des taux de change flottants, des arrêts d’omnibus.
Des ruses qui éternisent son étau comateux.

Comme un bus Volkswagen, la carcasse en l’état,
Carnation élimée, qu’en a chié du guano,
Foutu, mais les photos étayent qu’il exista,
Sinon des jours de chance, des tickets de Kéno.

Comme fui d’un sablier, le flot incontinent
Du babil continu brouille les lignes de fuite,
Le maillage se délite, délit d’initié fuite,
Qu’un trafic illicite lie les 5 continents.

Oh zut, un mot m’échappe, rembobine la cassette,
Au harassant check-in, au gang de petits mecs,
Bras cassés missionnés au chiqué par le Cheik,
Un potentat local, boss de Tamanrasset.

Ma tentative manquée-un putsch d’opérette,-
D’une équipée fliquée à dos de dromadaire,
Des cageots s’y trémoussent sur du Jean Pierre Mader,
Pour m’en débarrasser, je tisonne une barrette.

Planque à Casablanca, feutre mou d’un Bogie,(2)
Torchis d’une palanquée de Nouveau Détective,
-Pas ceux de Bolano-(3), de cochonnes invectives,
Doggy bag torchonné, calfeutré et groggy.

Des gangues climatisées d’aérodromes déserts,
Le souffle du boulet ensable les néons,
Qu’en tanguent piano-piano, essoufflant Buenos Aires,
Néo tangos bandants, gonflés bandonéons,

Tel un baron Corvo sans un rond au Brésil,
-Un asile tropical aux plaisirs estivaux,-
Au snack bar où grésillent les radios de l’exil,
Brasillent bossas novas, sambas au style novo.

Dans les Indes Orientales, ou fusse t-a Darjeeling ?
Le boy de l’ambassade qui m’offre un Mon Chéri,
-« -Some sherry, would you please? - You’d be so kind darling.”-
Désorienté, sirote du thé Pondichéry.

Me jure un baroudeur, para burné d’Indo,
-Son kimono jurant sur ma serviette-sarong-
Qu’il fut en Cochinchine, un sensei du majong,
Retournant les Viêt-Cong de son martial ludo.

Judéo-chrétien, blasent jonques et najas hindous,
D’où déprise du judo, j’use, juteux strip-poker,
De maladies vénales et je jarte d’équerre,
Tirant, tiens pour la route, une latte de Katmandou.

Je suis mûr pour Cochin, dont je coche toutes les cases,
Il m’en manque quelques-unes, muré chez l’oncle Tom,
Quand fatiguent facéties à la Ilie Nastase,
J’écrase dans ma purée, quelques copeaux de tomme.
(1) Les désarrois de l'élève Terless de Roert Musil.
(2) Humphrey Bogart, icone du mythique Casablanca.
(3) Ouvrage de Roberto Bolano.

© Poème posté le 09/08/2025 par Deshaiessaintes

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