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La Ribaude aux Vieux Fûts
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Que vault le soufre aux vieux tonneaux rouillés ?
Folle voyez, leste en son abandon,
Qui, en vos vins, voit maints soûls égarés.

De vos cieux bleus, tout craintifs, effarés,
Je ris, vilain, de ces villes paillardes,
Où l’on s’en va, aux tavernes, sans fardes,
Clouer pucelles au pilier du péché,
Pour mieux saigner l'innocence hagarde
Et ripailler, sans jamais se lasser.

Or, je tiens ferme, plus dur que le fer,
Que mon compère m’aime, c’est certain,
Mais de vous, point ne veux trancher la chair,
Ni baiser cul de dame ni son sein.

Allez, belles garces, moquez-vous bien,
De mon toupet et de mes airs bravaches,
Allez quérir, pour vos cœurs en panaches,
Un mari neuf, à la foire renommée,
Et qu’il vous sonne, aux veilles et attaches,
La triste gloire, en farce consommée.

Quand vous parliez, d’un ton de ménestrel,
Des yeux lustrés de vos galants fripons,
Qui bandent fort, tels baudets au haras,
Vous jouissIez, d’un plaisir sans raison.

Bien sûr, vos bels et tendres capitaines,
Pour vos beaux culs, sont épris, tout émus,
Et de vos jambes, reines souveraines,
Chantent pipeaux et peaux tannées tordus.

Mais lorsque viendra, après moult années,
L’heure où l’amour s'en vient sonner son glas,
Tout bleu, tout rose, dans chaumières fanées,
Il meurt, se mue, se chauffe en taverna,
À l’hospice où les vieux ribauds sont las.

Verte contrée, misère sans retour,
Où l’amour tendre n’a plus de pensée,
Extasiée et grisées de mortadelle,
Et de tout Sud, en risée envolée.

Moi, la cochonne du grand Nord, pâmée,
En fleuve et bois, je me fais polissonne,
Mais de mon gueux, suis à jamais aimée.


© Poème posté le 20/06/2025 par Uxellos

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