L'œuvre invisible
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? L’œuvre invisible ?
Quand tout s’est effacé, je n’ai rien compris.
Je criais au ciel : "Pourquoi m’as-Tu pris ?"
Mais dans ce silence, plus fort que la voix,
Il me disait : "Je t’arrache à ce qui n’est pas toi."
J’avais tant de liens, de visages, de chaînes...
Je croyais vivre, mais je traînais ma peine.
Et Lui, le Très-Haut, sans bruit, sans discours,
M’a retirée du monde pour un plus grand Amour.
Il m’a mise à l’écart, comme on cache un bijou,
Non pour m’oublier, mais pour panser mes coups.
J’étais en ruine, mais Lui me bâtissait ;
Il ôtait l’ombre, laissant la lumière pénétrer.
Chaque perte était une incision secrète,
Un scalpel céleste, une coupure discrète.
Et je découvris, sous la douleur qui saignait,
Que Son silence était l’acte qui enseignait.
On me crut brisée, mais j’étais en soins.
Le monde me fuyait, mais Lui tenait ma main.
Il murmurait à mon cœur fatigué :
"Ce que tu pleures n’était jamais destiné."
Le dépouillement est une chirurgie divine,
Une épreuve sainte où le ciel s’incline.
Il coupe, Il retire, Il brûle, Il renverse,
Mais toujours pour extraire ce qui disperse.
Et quand je n’avais plus rien — plus d’appui, plus de sol —
Je retrouvais enfin l’éclat de mon rôle.
Ce que je nommais fin, Il l’appelait départ ;
Ce que je croyais vide, Il l’appelait art.
Oui, Dieu m’a cachée pour me restaurer.
Il a fait taire la foule pour que je puisse L’écouter.
Il ne m’a pas punie, Il m’a choisie,
Pour faire de mon désert… un paradis.
De ma solitude, Il fait un havre de paix,
Où je réapprends à vivre et faire ce qu’il me plaît.
Et dans cette lumière douce et suprême,
Je clos mon recueil avec ce dernier poème.
Il fait de mon verbe un refuge secret,
Et chaque mot offert est un geste discret.
Je Lui rends grâce pour ce souffle profond,
Pour ce don sacré qui murmure Son Nom.
Petite plume libre ✍️
