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Je suis un clodo, rien qu'une ombre...

Je vis dans un recoin, sur un bout de trottoir,
Sous les néons, les vitrines, sous les regards.
Ma vie, froissée, fripée, elle est dans un vieux sac,
Reposant au fond de la tente, tout en vrac.
J’ai comme plafond un bout de nuage gris,
Comme matelas, un usé et vieux tapis.
Je traine mon chien, il me suit, mon seul ami,
Dans Paris qui nous refuse puis nous oublie.

Je suis un clodo, rien qu’une ombre, comme ils disent.
Un bon à rien, un encombrant, une vraie crise,
Un de ceux que l’on effleure et évite aux feux,
Un de ceux dont l’allure nous effraie, un peu.
Je suis un clodo, rien qu’une ombre, comme ils disent.
Un fantôme urbain, spectre des rues, une bise
Qu’on sent passer près de sa chair, sans trop connaître
Si j’ai un nom, et si je suis toujours un être.

Je n’ai pas choisi cette aventure de clique
Ni le mépris, l’indifférence et les répliques
Qu’on me lance et relance prenant un air gêné,
Quand je tends la main pour n’être plus affamé.
Autrefois, j’étais comptable, j’étais marié,
J’avais une épouse, deux enfants, un foyer.
Au fil du temps, tout s’est cassé sans aucun bruit,
Et j’ai glissé, tel un corps mort, au fonds du puits…

Je suis un clodo, rien qu’une ombre, comme ils disent.
Un marginal, un asocial, une sottise,
Mais j’ai l’humour, l’esprit, l’ironie, la pudeur,
Je cache mes fissures au-delà de mes peurs
Je suis un clodo, rien qu’une ombre, comme ils disent.
Et chaque nuit, dans cette tente, je m’enlise
Dans un duvet trop court qui m’a été donné,
Pour ignorer le froid de ces hivers givrés.


Les étoiles grises font de moi un poète,
Qui rêve encore de délicieuses et jolies fêtes
De pain chaud et de réconfort, de mots sincères,
D’un peu de sympathie, de bonté sur la terre.
Si parfois, sous la pluie, je discute tout seul,
C’est pour fuir cette solitude, ce linceul,
Éviter de plonger, ne pas devenir fou,
Quand autour de moi, le silence crie partout.

Je suis un clodo, rien qu’une ombre, comme ils disent.
Un oublié, un effacé, une hantise,
Mais j’ai mon âme, ma fierté, ma liberté,
Même si aucun, aujourd’hui, ne m’a regardé.
Je suis un clodo, rien qu’une ombre, comme ils disent.
Mais je vous plains, désormais je vous en avise :
Ne me tancez plus à jamais, d’être vivant,
Je serai encore, très longtemps, votre tourment…



Paris le 12 août 2025
Tentative de pastiche de "je suis un homo, comme ils disent" de Charles Aznavour

Tous droits réservés © Poème posté le 13/08/2025 par Songeur

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