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Khadija
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Elle a perdu ses frères, elle a perdu ses sœurs,
Dans sa poitrine elle ne sent plus battre son cœur.
Sa jeunesse éperdue n’a connu que la guerre,
Et à onze ans, sa vie est une longue galère.

Sa maison est détruite, elle n’a plus de logis,
Sa terre est en feu. Pauvre petite Gazaouie.
Elle porte sur ses épaules la misère de l’immonde,
Livrée à elle-même, n’a plus personne dans ce monde.

Pour sécher ses joues inondées d’amères larmes,
Reste son innocence pour s’opposer aux armes.
Et dans ses petits yeux de gazelle, apeurée,
Elle connaît l’histoire longue des personnes éplorées.

Pas de jeux puérils, sacrifiée son enfance,
Confrontée au réel, elle n’a pas eu sa chance.
Autour d’elle tout brûle, se brise, se volatilise,
Tout ce sang qui coule, ces âmes qui s’immobilisent.

C’est ce qu’elle vit tous les jours, c’est son triste sort.
Elle se démantibule, elle n’a plus de ressort.
Pourra-t-elle un jour, par bonheur, se reconstruire ?
Ou est-elle condamnée, pour la vie, à s’enfuir?

De ce pays perdu qu’on ne lui accorde pas,
Et sur lequel pourtant elle fit ses premiers pas.
Faudra-t-il fatalement qu’elle devienne une rebelle,
Pour se sentir enfin libre, pour se trouver belle?

Pourra-t-elle oublier toutes ces années perdues ?
Ses souvenirs d’effroi à jamais suspendus ?
Pour conjurer sa peine, pour adoucir sa vie,
Et pour ne plus jamais se sentir asservie,

Faudra-t-il, malheur, qu’elle commette l’irréparable,
Éclaire son dernier souffle d’une lueur effroyable ?
En signant sa sortie d’un grand feu d’artifice,
En ponctuant sa vie d’un ultime sacrifice,

Accompagné de cris et d’un bruit fracassant
Qui anéantit tout, massacre les innocents.
Petite Khadija, ne meurs pas en martyr,
Car beaucoup de gens bien risquent de te haïr.

Fats volailles de basse-cour et piètres va-t-en-guerre,
Qui n’ont aucune morale, imbéciles et vulgaires,
Et qui ne craignent rien dans leurs sièges confortables,
Politiques, journalistes, religieux ou notables,

Courbés avec les grands, rigides avec les p’tits,
La misère humaine ne leur coupe pas l’appétit.
Tous ils se rassasient devant leur écran plat,
En s’abreuvant d’infox : BFM donne le la.

Toujours partants pour mettre de l’huile sur le feu,
Avec leurs arguments convenus et poisseux.
Ceux-là même qui hier te nommaient résistante,
Voyant dans tes faits d’armes une gloire éclatante,

Disent de toi, aujourd’hui : « C’est une terroriste »,
Et tu ne trouves plus grâce à leurs yeux froids et tristes.
Quand en finira-t-on avec ces guerres infâmes,
Qui nous pourrissent la vie et nous avilissent l’âme ?

Vive les champs de fleurs, à bas les champs de mines !
Verrons-nous un jour refleurir la Palestine ?
Petite princesse des sables, je te dédie ces mots,
Pour alléger ton cœur, je porte ton fardeau.
Ce poème est né d’un bouleversement profond face aux drames que vivent trop d’enfants dans des zones de guerre, et notamment à Gaza. Il ne s’agit pas ici de juger ou de prendre parti politiquement, mais de redonner une voix, même imaginaire, à une enfant, Khadija, que la violence a privée de tout. De son foyer, de sa famille, de son insouciance.

À travers elle, c’est l’innocence sacrifiée, la douleur muette, et l’injustice ordinaire que je cherche à évoquer. Ce texte ne prétend ni expliquer ni résoudre quoi que ce soit. Il est un cri, une prière, une tentative de dire ce que tant d’images ne disent plus.

Puissent ces vers rappeler qu’au-delà des idéologies, des frontières, des discours, il y a des êtres humains. Des enfants surtout. Et que chacun d’eux mérite, comme Khadija, une vie digne, douce et libre.

© Poème posté le 01/07/2025 par Tida

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