Je te nomme sans haine à la lueur du flambeau
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Muse, jadis flamme noire aux cendres brunies,
Je te nomme sans haine, à la lueur du flambeau.
Ta voix est un poison sculpté dans le plus beau
Des marbres — tu hantes encor mes nuits infinies.
Tu fus mon cri maudit, ma fièvre originelle,
Et j’ai bu ton sang, noir vin de mon trépas.
Mais rien ne vaut l’enfer où l’on forge ses pas :
J'ai créé dans l’abandon, sous ta main criminelle.
Je vis loin de tes yeux, mais ton aura demeure ;
Dans l’ombre et le silence, elle luit, froide et fière.
Et parfois je t’entends… chanter dans ma douleur.
Tu fus ma muse, mon amante passagère —
Et je te porte en moi, comme on cache un fléau.
Tu me fis roi, martyr… et spectre du tombeau.
