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A mon corps défendant
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Sûr, j’aurai préféré, un triplex à Megève,
Dévaler, à toute blinde, les pistes noires au ski,
Etre un godelureau, léger, gorgé de sève,
Skipper, blindé d’oseille, faire la nique à Trotski.

Sûr, rouler, déluré, en coupé Mercedes,
Faire la bringue sur la Côte, sapé de fringues anglaises,
Le baquet cuirassé, céder à la vitesse,
Arguer de ma jeunesse pour narguer les falaises.

Sûr, la tignasse laquée, casquer aux soirées mousse,
Emballer les bombasses, blondes et rousses, pistes noires
De monde, où les lurons, à l’allure d’entonnoir,
Et les ludions, éludent les dépressions maousses.

Sûr, une épaule solide, sur laquelle s’appuyer,
Un pater familias aux descendances prospères,
Virilité innée, un amant puis un père,
Que les introspections, ne laissent pas d’ennuyer.

Plutôt, à tout prendre, que, perclus de névroses,
Reclus aux souterrains, singer Dostoïevski,
Suer sous perfusion, anisette ou raki,
Des odes aux caniveaux dans la soupe de nivôse.

Plutôt que ruminer, tandis que passent les trains,
Sur la bohème sublime aux chansons de geste,
Que mes poèmes imitent ; un legs dont me leste
Le spleen : la peste soit, des lestes boute en train.

Plutôt que de faire miens les tics de Klaus Kinski,
Qui, intériorisés, me meurtrissent et me blessent,
Resté au Quai Ouest, que m’y caste Koltès,
Dans un stage commando, à la Stanislavski.

Plutôt que me complaire, en magnifique perdant,
Mes illusions très chères, avant bientôt mes dents,
Cloitré dans l’antre austère d’un cabinet d’étude,
Ingrate chambre d’enfant squattée par habitude.

On ne se choisit pas, esclaves, on cohabite,
On palabre entre sois, on se supporte au mieux,
Anachorète, mondain, ascète ou sybarite,
Croire en nos mythes moisis, nous fait nos croix, nos pieux.

© Poème posté le 03/06/2025 par Deshaiessaintes

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