Au-dessus de la mêlée
3
Pourquoi escalader, à la fin, les montagnes,
Courir les éboulis, les neiges, les glaciers
Plutôt que de rester dans ces vertes campagnes
Offrant à discrétion des jardins nourriciers ?
Mais l’homme n’est pas fait pour la station assise,
Depuis qu’il s’est dressé sur son arrière train,
Il se doit d’avancer, de toujours lâcher prise,
Découvrir chaque jour un peu plus de terrain.
Désert, toundra, banquise, il n’est rien qui résiste
A son grand appétit d’avaleur d’horizon;
Pourquoi conséquemment entreprendre la piste
Menant vers les sommets serait-il déraison ?
D’ailleurs les animaux lui montrent bien l’exemple :
Voyez les bouquetins, les mouflons, les chamois
Qui ont colonisé ce fantastique temple
Fait d’alpes, de forêts, de roches, de parois.
Il a un grand besoin d’affronter la matière,
Lui, le nain ridicule, il lui faut se hausser
Et suer sang et eau contre cette barrière
Qui, pour le défier, semble là se dresser.
Sur les dévers abrupts, pugnace, il se dépense,
Rusant pour se jouer de la difficulté
Tandis que peu à peu lui vient à la conscience
Que cet effort physique est empreint de beauté.
Et tout en s’élevant, une autre perspective
Se découvre à ses yeux comme d’un piédestal,
Une autre dimension un peu moins réductive
Que l’angle limité du plan horizontal.
Depuis ce mirador, il a le privilège
D’observer ses pareils en ayant le loisir
D’être désenglué du séculier cortège
Où ils sont condamnés à toujours se tenir.
Car tandis que son corps a pris de l’altitude,
Son esprit aiguisé se trouve aussi grandi,
Nourri par l’éther vif, cerné de solitude,
Le voici qui s’active et redevient hardi.
Le silence qui règne ici, impitoyable,
L’oblige à regarder à l’intérieur de lui
Afin d’y déceler une voie secourable
Et, de méditation, se modèle et s’instruit.
Et les larges oiseaux au-dessus de sa tête
Qui planent au soleil dans un courant d’air chaud,
Comme le vautour fauve ou le grand gypaète,
Paraissent l’appeler à se hisser plus haut.
Courir les éboulis, les neiges, les glaciers
Plutôt que de rester dans ces vertes campagnes
Offrant à discrétion des jardins nourriciers ?
Mais l’homme n’est pas fait pour la station assise,
Depuis qu’il s’est dressé sur son arrière train,
Il se doit d’avancer, de toujours lâcher prise,
Découvrir chaque jour un peu plus de terrain.
Désert, toundra, banquise, il n’est rien qui résiste
A son grand appétit d’avaleur d’horizon;
Pourquoi conséquemment entreprendre la piste
Menant vers les sommets serait-il déraison ?
D’ailleurs les animaux lui montrent bien l’exemple :
Voyez les bouquetins, les mouflons, les chamois
Qui ont colonisé ce fantastique temple
Fait d’alpes, de forêts, de roches, de parois.
Il a un grand besoin d’affronter la matière,
Lui, le nain ridicule, il lui faut se hausser
Et suer sang et eau contre cette barrière
Qui, pour le défier, semble là se dresser.
Sur les dévers abrupts, pugnace, il se dépense,
Rusant pour se jouer de la difficulté
Tandis que peu à peu lui vient à la conscience
Que cet effort physique est empreint de beauté.
Et tout en s’élevant, une autre perspective
Se découvre à ses yeux comme d’un piédestal,
Une autre dimension un peu moins réductive
Que l’angle limité du plan horizontal.
Depuis ce mirador, il a le privilège
D’observer ses pareils en ayant le loisir
D’être désenglué du séculier cortège
Où ils sont condamnés à toujours se tenir.
Car tandis que son corps a pris de l’altitude,
Son esprit aiguisé se trouve aussi grandi,
Nourri par l’éther vif, cerné de solitude,
Le voici qui s’active et redevient hardi.
Le silence qui règne ici, impitoyable,
L’oblige à regarder à l’intérieur de lui
Afin d’y déceler une voie secourable
Et, de méditation, se modèle et s’instruit.
Et les larges oiseaux au-dessus de sa tête
Qui planent au soleil dans un courant d’air chaud,
Comme le vautour fauve ou le grand gypaète,
Paraissent l’appeler à se hisser plus haut.
