Orange bleue, amère ou sanguine, on la presse,
On lui fait sourdre son nectar ;
Avec concupiscence, on la suce et dépèce
À l’ombre de fiers étendards.
Depuis longtemps déjà, penché sur son enclume,
L’homme a forgé son univers ;
Aujourd’hui il le broie, le couvre de bitume,
Adieu, ombre et voix bocagères.
Sur le sol endurci, aux racines sanglantes,
Rutile un blé empoisonné ;
Les oiseaux ont banni ces tiges conquérantes
Trop belles pour être écharnées.
J’ai fui en tapinois l’orange qui chancelle,
Blottie dans les pages d’Histoire
Où la beauté du globe avait l’air éternelle,
Munie de mon seul écritoire.
