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Pleurez l’oracle !
1

Apollon tant aima la sibylle de Cumes
Qu’il lui donna, pour vivre, autant d’ans que de grains
De sable font la baie où vient mourir la plage…

Mais les dieux sont distraits, la lumière est volage,
Et la belle, oubliée, en a perdu ses crins,
Puis, comme fond la vague aux mousses des écumes,
Le temps rongea sa chair - mais ne la tua pas.


Sa dure éternité, sans la jeunesse enfuie,
Petit à petit broie un corps déshérité,
Elle continue, ambiguë, en vérité,
De servir - ô colombe enfermée à sa fuie,
Du fond d’une bouteille, avenir sans trépas,
Le démiurge cruel, vivante, au tabernacle,
Et - recroquevillée en rognures, l’os sec,
Distille du futur l’alcool et le précepte
Que l’oreille attentive au murmure intercepte,
Chuintant, de la cigale, un son d’affreux rebec
Crissant d’augures éperdus :
Pleurez l’oracle !

Tous droits réservés © Poème posté le 20/12/2024 par Salus

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