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Dans le cœur de Marwan
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Sur le mur du cachot qui s’écaille, un insecte
hésite et puis s’enfuit vers la lucarne bleue
ouverte sur le ciel. Marwan le suit des yeux
et s’évade en esprit de cette geôle infecte.

Dans le cœur de Marwan volent les papillons
sur les cistes fleuris et dans l’or des genêts
au flanc de la colline où les enfants jouaient
dans le maquis touffu où crissent les grillons.

Dans le cœur de Marwan éclatent les enfants
sous les bombes yankees qui pleuvent sur Gaza.
Sous les maisons blanchies que l’aviation rasa
les mères éventrées fleurissent dans leur sang.

Sous le sol du cachot la mémoire des pierres
rêve de l’homme ancien, avant que les dieux naissent,
la jeune humanité qui découvrait l’ivresse
de vivre l’éclosion du printemps de la terre.

Dans les os de Marwan frissonnent Canaan,
les premiers champs de blé et les premiers troupeaux,
les peuples de la mer sur leurs frêles bateaux,
de l’Euphrate ou du Nil les guerriers conquérants.

Dans le sang de Marwan la fronde de David
cherche encore le front du géant philistin.
La mère de Goliath lamente le destin
funeste du vaincu au cadavre livide.

L’Hébreu poursuit toujours les fils de Palestine
qui s’enfuient, emportant la clef de leurs maisons
ou qui meurent, ou qui sont reclus dans les prisons
ou qui pleurent devant leurs villages en ruine.

Dans les nerfs de Marwan bouillonne la colère
des pauvres dépouillés de leurs champs d’oliviers,
des gamins désarmés qui ont osé défier
les fusils de soldats en leur lançant des pierres.

Au cœur du prisonnier reste vive la flamme.
Contre l’envahisseur Marwan veut le combat
mais contre les civils refuse l’attentat.
Barghouti ! Barghouti ! Ton peuple te réclame !

Ton peuple lutte pour l’État qu’il s’est promis.
Si tu pouvais rentrer libre dans Ramallah
on dit que tu serais un nouveau Mandela
qui pourrait négocier l’accord des ennemis.

Ta fille et tes garçons grandissent loin de toi
dans ce village blanc cerné par les colons.
Les heures et les jours et les ans sont si longs
et souvent tu gémis pour l’amour de Fadwa.

Tu voudrais réunir dans la même patrie
les juifs, les musulmans, les athées, les chrétiens
mais les fils de Gaza meurent comme des chiens,
abreuvant de leur sang cette terre meurtrie.

Le soir vient caresser les eaux de Tibériade.
Une chouette s’envole au-dessus des collines
et les cordes d’un oud pleurent la Palestine
tandis qu’un musicien murmure sa ballade.

Un poème sur Marwan Barghouti, un prisonnier qu'on présente souvent comme un possible Mandela palestinien.

© Poème posté le 08/08/2024 par Libeyre

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