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Les enfants tronçonnés
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Ses enfants partis vers d'incertains horizons,
Le vide et la poussière remplirent aussitôt la maison ;
Elle avait changé la table,
Trop grande, trop inutile,
Elle échoua dans une étable ;
Mais la nouvelle semblait infinie,
Alors l'ovale était devenu rond.
Pour déjeuner avec soi-même,
C'est bien suffisant.

Leurs racines avaient continué de pousser,
Coincées entre les lames du plancher,
Accrochées aux murs du rez-de-chaussée,
Grimpant jusqu'au grenier.

Ils avaient oublié qu'ils étaient des arbres.

Elle avait retrouvé des jouets appesantis,
Des habits trop petits,
Des bonbons tout gluants,
Un ukulélé dissonant.

Ils avaient oublié qu'ils étaient des arbres.

Vainement, ils avaient essayé
De tremper leurs racines amputées
Dans un amour, un travail, une lignée;
Mais souvent, les boutures pourrissent;
Le chêne n'aime pas être baladé ;
Il est habitué à sa terre,
Son bout de ciel étoilé,
Ses oiseaux.

Engloutie par les ronces,
Dans la maison abandonnée,
Une forêt de chênes commençait à pousser.



© Poème posté le 20/03/2023 par Aquila

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