De cujus bonis agitur
2
Dans la nuée éparse de l'été
Montait la chaleur doucement tremblante,
Emue et nue, après-midi hanté
Dont je me meurs, immensité du ciel,
De petitesse, à l’échelle où s'angoisse,
De ma torpeur, cet œil superficiel !
...Et l'iris mort sous la taie et la gaze
Devine encor l'unique et le pluriel.
- Aujourd'hui, vous serez la millième victime -
Un autre, hier, s'était enfui - mais quel destin !
Devant l'à-pic, on nous apprend la pantomime,
Ô ! Charon, caches-tu quelque espoir sous ton sein ?
Mais le nocher, si rosse et si secret, si terne,
Fait de ce linceul bas comme une étoile en berne,
Or, le vent pressent le vide, et l’heur de mon tour...
Et de là-haut, château, sur ta plus haute tour,
Je la vois qui s’approche, et ce n'est pas sœur Anne,
Elle ricane, monstre ! en pourléchant sa faulx,
Et sa cachinnation semble des cerfs leur brame,
Et sa langue est bifide et fendue, un sang faux
Dégoutte en pluie une constellation cruelle
- C'est le seul dieu prégnant en qui j'aurais cru, elle !
Or, si naître à la vie est un fait capricieux,
Si tout nous crie être fragile, et soi précieux,
C'est que chaque cellule ondule et se rétracte
Sous le rideau tiré, promis, du dernier acte ;
Et tant, d'une infamie où j'ai voulu mourir,
Le goût m'est apparu de ces billevesées,
J'ai préféré fléchir à la chute encourir
- Car la chute est sans fond dans l’absence irisée.
Ainsi, spécieux, briguant les temporels trésors,
J'ai penché pour souffrir, et vivre mille morts.
