Cautèle céleste
- Nue animée aux fards, tu forces
L’hyménée avec toute emphase,
Et comme aux branches les écorces,
Préservant l’aubier de la phrase,
Ta hauteur cache une âme torse
Et l’esprit fuyant d’une hase…
Lorsque l’azur pervers se venge,
Inaccessible et souverain,
Il purge la muse de l’ange
Qui lui faisait briller l’airain
De mille formules sensibles
Et l’or d’images d’au-delà,
Dont les antiennes, à ces cibles,
Criblaient l’étrange mandala
D’un monde enceint de patenôtres !
Feu les cieux des dieux désertés,
Feu les éthers des vieux apôtres !
Maudits soient les sons dissertés
Par le mental élémentaire !
Où l’arc au fiel lâche ses traits,
Le poète est censé se taire ;
Silence atone aux doux attraits…
Austère, enfin, le vent du songe,
Parcimonieux, l’élan sacré !
Et que du mal qui tous nous ronge
Pas un chant ne soit massacré !
Cher azur sourd, espoir étrange !
Sommets sournois, douteux zéniths,
Pics qu’un génie antique arrange
En un bleu bouquet d’aconits,
Offrandes aux mortelles fêtes,
Pouvoir funeste des acmés,
Spleen de haut-vol, fières défaites,
Vent des lyrismes arrimés !
Aux gaz fuis de larmes amères
Burent, prophètes impuissants,
Ce lait, venin de fausses mères
Où se sont nécrosés les sangs
Jusqu’aux dieux oubliés de Grèce.
Blême et cobalt, mauve impatiens
Ou d’une eau perse de déesse ;
Si loin d’un sol si lourd de sens,
Là, quelque horreur, sise à ces ruses
Peut piéger, preste et tout de go,
Les amis animaux des muses,
Comme au couchant luit l’indigo !
Tant de merveilles engluées…
L’air cérulé du firmament
Recèle en colle les nuées,
Dans cet empyrée alarmant.
Ainsi pleurant, là-haut, qui ronge
En pluie acide, le Malheur
Retient Pégase par la longe,
D’un maigre bras toujours vainqueur…
L’abîme érige sous nos pieds
Le vertige immensément faux
Des même mirages altiers
Issus de vides triomphaux ;
Dieux absents qui pourtant raillez,
D’exister, vous seriez gerfauts !
