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Le barbot et l'araigne
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Un barbot ayant roulé sa bouse
Sur le ruban d'une existence de fange
Dans l'ornière d'un chemin boueux
Se retrouva bien dans la merde
Quand il s'emberlificota les élitres
Dans les fils d'une araignée
Posée à l'affût de quelques proies
Au bords de son piège de dentelle.

La tisseuse marivauda ainsi le crotteux :
– Est-ce ce puant étron, votre seul bagage Messire ?
– Libre trimardeur de mon état, Madame !
J'emporte en mon plastron fumiers
Et autres pourritures, richesses
Qu'en refuge et pitance, mon talent convertit.

– Pénétrez donc en ma tonnelle de soie,
Ne soyez pas si pusillanime à mon invitation
Il s'agit bien, à l'ombre des hautes cigües,
Que de prendre un long repos
Et une infusion d'herbes folles.
De crottins fumants que jadis,
Vous appréciâtes, n'ai-je point !
Il vous faudra vous contenter
De brioches et de crème de rose.
Lors que le vagabond daubait
Les délicatesses de son hôtesse
Et les commodités d'un logis,
Celle-ci posa sur le métier, son cribellium.

– Vous indiffèrent donc les biens de ce monde
Dont vous fuyez les astreintes !
Ainsi ma bonté d'âme s'oblige
De vous en défaire complètement !
Se moqua l'affamée araigne qui continua
En ces termes, tout en le ficelant comme un rôt :
« Pour rendre service, sans fine bouche,
Je ferai bombance de vos infects sucs. »

Vous aurez compris
Que l'affable accueil de la fileuse
Valait injonctions, sourdes aux suppliques.
De quitter sa cuirasse, le scarabée voyait regrets
De n'avoir jamais eu autre ambition
Que de remuer les immondices pour nourrir sa liberté.

Quand la mort finit par en découdre
Il n'est plus temps de s'accrocher
Au fil de la vie trop longtemps dédaignée.

© Poème posté le 17/01/2018 par Ann

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