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Le frère Âne
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C’est à Cupertino –les Pouilles, l’Italie-
Que naquit Giuseppe, d’un père charpentier,
Qui nourrissait déjà l’envers de l’eulalie ;

Pour la veuve endettée, un garçon savetier,
Mieux encor ! Cordonnier eût adouci sa peine,
Mais Joseph était gauche et fait pour nul métier :

La bouche ouverte, bête à bouffer de l’aveine,
-Il devint bien plus tard Patron des étudiants-
Ce n’était point le vif qui coulait dans sa veine.

C’est sûr, il rejoindrait le troupeau des mendiants
Se traînerait, pouilleux, de Tarente à Bergame ;
Les frères franciscains traduisirent « Hi-hans »

Les mots de ce grand niais, chiche discours -un drame ! -
Il finit Frère lai mais, las, les capucins
Bannirent, excédés, Giuseppe, le Frère Âne.

Il avait la candeur, la fraîcheur des poussins,
Une foi simple et pure, extrêmement vivace ;
A chaque psaume oyait Joseph tous les tocsins

L’intimant gentiment de présenter sa face :
- Dernier appel au comptoir des lévitations
Ainsi s’élevait-il et quittait la surface

Où ses pairs affolés par ces méditations
Convoquaient le miracle ou la sorcellerie,
Or, lui, se réjouissait de ces visitations ;

Quel univers plus doux, quelle autre miellerie
Que le faîte de l’if ou le toit du clocher,
Comment peut-on rêver meilleure hôtellerie

Que celle dans le ciel où le doigt peut toucher
La hanche du nuage et du soleil, le voile ?
Devenu des chansons, des parfums, le nocher,

Frère Âne vole heureux auprès de son étoile.

© Poème posté le 21/06/2020 par Lau

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