Crescendo (Souvenirs d'Octave)
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Dans le vieux quartier de la Mouffe,
Nous marchions sur les maigres touffes
De gazon, au fond de la cour,
Et nous nous embrassions toujours
Avant de prendre l'escalier
Qui nous menait à son grenier.
Les marches n'en finissaient plus,
Mais jamais escalier ne fut
Plus propice à nos jeux frivoles !
Elle portait sur ses épaules
Une grande cape de soie
Aux reflets violets, je crois,
Et qui permettaient à mes mains
De découvrir bien des chemins,
Lorsque, sur les paliers obscurs
Je la collais contre le mur,
Tremblante et feignant d'avoir peur.
Alors, serrée contre mon coeur,
Elle levait vers moi ses lèvres
Que je dévorais avec fièvre.
Sa robe légère tombait
Personne ne la relevait,
Et dans l'obscurité propice
Nos gestes se faisaient complices
Et ses ultimes soubresauts
Dont je guidais le crescendo
Nous faisaient prendre , au bout du jeu,
L'escalier qui menait aux cieux...
