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Parfois il faut dire non !
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Non je n’écrirai pas de conte de Noël
Le froid vient de freiner mon feu rédactionnel.
Et puis d’aller cherches chez le conteur affable
Des animaux divers les tableaux admirables
Me ferait l’impression de copier l’auteur
Succédant à Ésope illustre créateur.

D’un conte de Noël on me fait la demande
Mais l’inspiration ne vient pas sur commande
Et l’on ne peut écrire un long ou court récit
Sur un coin de bureau sans le moindre souci.

De plus je devrais mettre en cet écrit nouveau,
Du génie La Fontaine, un excès d’animaux
On sait de cet auteur qu’il est un homme affable
Et que le copier est tâche insurmontable.

Et quand il écrivait, même à Château-Thierry
Ses contes n’étaient pas vendus en librairie,
Les fables précédaient quelques écrits coquins
Ouvrant discrètement de bien plaisants chemins.

Je n’aime donc pas Jean, mon cher, je l’idolâtre
Je le relis souvent l’hiver au coin de l’âtre
Et en d’autres saisons il m’est baume du cœur
La Fontaine relu est surcroit de bonheur.

Je ne saurais dire mieux pour vous le présenter
Que citer les grands mots qu’il sut disséminer
Dans ses divers poèmes où la désinvolture
Dévoile son génie et sa riche nature :

Je chante les héros dont Esope est le père,
Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons

Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes;
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.

Mon imitation n’est pas un esclavage

Papillon du Parnasse et semblable aux abeilles,
Je suis chose légère et vole à tout sujet ;
Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet
Que chercher en mes fables si l’on en est lecteur ?
Une ample comédie à cent actes divers
Et dont la scène est l’univers.

Ne pouvant l’attaquer avec des bras d’Hercule
Je tâche d’y tourner le vice en ridicule.

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, la ville et la campagne, enfin tout: il n'est rien Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique.

Sans doute comprendrez-vous mon ample réticence
À conter sur Noël en risquant l’indécence
Quelques billevesées sentant l’épicéa
Y mêlant mon idole à chaque alinéa.

Et puis les animaux que La Fontaine emploie
Ne saurait sous ma plume donner la même joie
Il a déjà tout dit de l’humaine nature
Pourquoi être corbeau perché sur sa ramure

J’ai fait quelques études en l’œuvre magistrale
Et pour en obtenir la vision générale
Vous trouverez dessous en liste minuscule
Le peuple de l’auteur qui au génie postule.

Voici les animaux dont Jean de La Fontaine
Se sert pour éduquer l’insuffisance humaine

Agneau, Aigle, Alouette, Âne, Animal, Araignée, Belette, Bœuf, Bouc, Brebis, Canard, Cerf, Chameau, Chapon, Chat, Chat-huant, Chauve-souris, Cheval, Chèvre, Chien, Cigale, Cigogne, Cochon, Colombe, Coq, Corbeau, Cormoran, Cygne, Dauphin, Dragon, Ecrevisse, Ecureuil, Eléphant, Faucon, Fourmi, Frelon, Gazelle, Geai, Génisse, Grenouille, Héron, Hirondelle, Hérisson, Hibou, Huitre, Laie, Lapin, Lièvre, Lion, Loup, Milan, Moineau, Mouche; Mouton, Mulet, Oiseau, Ours, Paon, Perdrix, Perroquet, Pie, Pigeon, Poisson, Poule, Puce, Rat, Renard, Rossignol, Scarabée, Serpent, Singe, Souris, Taureau, Tortue, Vautour.

De ce zoo labyrinthique on ne saurait
Faire un conte si magnifique qu’il paraitrait
Avoisiner le grand talent du fabuliste.
D’un récit concurrent je n’entre pas en piste

J’aurais pu disserter d’un agréable comte
Qui a une Noëlle aurait fait une cour
Aborder sans pudeur et sans la moindre honte
Les diverses façons d ‘échafauder l’amour

Mais là encore, brillant, notre bon La Fontaine
En nouvelles rimées atteignit le parfait
Dans le libertinage sa plume souveraine
Ferait de tout copiste un triste insatisfait.

Et si vous étiez pris de sursauts téméraires
Rédigez donc vous-même avec des rimes claires
Un Noël d’animaux sur le flux prosodique
En suivant simplement le cours alphabétique.

© Poème posté le 16/12/2018 par Rimatouvent

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