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À longueur de saisons
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Dans leur habit fané, permanent, immuable,
Seuls, groupés, accouplés, des piafs, dans la cité,
En automne, en hiver, au printemps, en été,
Quand gît le limbe usé sur la terre inusable,

Quand se gèl’ les cristaux la neige sous la nue,
Quand la sève ranime un domaine en sommeil,
Quand explose la vie au sang chaud du soleil,
Dans le cycle éternel : circulaire avenue,

Des piafs, dans la cité, leur aile déplumée,
Un obstacle à l’envol, sautillant, boitillant
Le long des longs trottoirs où le monde grouillant,
Que l’artère soit sombre ou bien claire, allumée,

En hâte, les bouscule, ignorant la misère
De ces oiseaux perdus cherchant quelque croûton,
Quelque graine à casser ou… quelque piqueton :
Un leurre pour jabots que la faim exaspère,

De ces oiseaux perdus, sans avenir, sans âge,
Se bricolant des nids dans de vils trous à rats,
Que les pires gredins, malfrats et scélérats
Fuiraient comme la peste, à voir le paysage

Baroque, déviant, fantasque, hétéroclite,
Innommable fatras de loques, d’oripeaux,
De cartons d’emballage et d’humides copeaux
Où, foin ! tant bien que mal, on s’y glisse et abrite,

Des piafs – do l’enfant do ! – des rêves de poètes
En tête : des châteaux, des palais radieux,
Éclatants des jets d’eau, des jardins merveilleux,
Aux souriantes fleurs, un tantinet secrètes,

Qui font de vous amours, chérubins, petits anges…
Des piafs, des S.D.F., moulus, vidés, rompus,
Ont de ces visions à les rendre repus
Des écrits, de la bave – ô ces jus de vidanges ! –

D’élus, main sur le cœur, faussement catholiques,
Qui vont toujours tout faire et ne font jamais rien,
Hormis s’accaparer la presse au quotidien
Et crever les écrans des tubes cathodiques.


Le 25 novembre 1998.

Tiré de mon recueil : "Grain de sel ou Les pieds dans le plat" (Éditions Flammes Vives, 2008).

© Poème posté le 07/06/2015 par Stapula

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