Morte marée
3
Je me sens tout proche du quai
Où toutes les pensées s’épuisent,
Dans des silences arrêtés
Que ton absence carbonise.
J’essaye bien aux souvenirs
D’ôter la voile de tes yeux,
De relever l’ancre pour fuir
L’iode fleuré de tes cheveux,
Mais mon gréement est en détresse,
Ses hardes dispersent au vent
Des lambeaux de cette tendresse
Qu’humaient nos étreintes d’amants.
Et sous des brumes qui me coupent,
Endommagé, abandonné,
Je croupis comme une chaloupe,
Captif d'une morte marée.
