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Autant en emportent les ans...
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Le temps viendra tantôt de sasser le passé
En pensant au pays d’où le sort m’a chassé.
Son soleil très ardent dorait bien le raisin.
L’oranger y poussait tout au fond du jardin,
Le perdreau et la caille y volaient librement
Sans la traque infernale et sans poids du tourment.

Je naquis en juin dans un petit village
Qui portait en son sein un si doux voisinage.
Mon grand père caviste occupait mes journées
A le suivre toujours sur ses chaudes tournées.
Le bouquet de ses vins lui donnait le sourire
Et mon regard naïf acceptait son empire.

Sans jamais défaillir je buvais tous ses gestes,
Accroché par plaisir aux grands pans de ses vestes.
Et quand, en conteur, il m’endormait le soir
Au doux son de sa voix je tordais mon mouchoir.
Je vécus fort heureux au sillon de son pas,
Riant toujours à deux au cours de nos repas.

Et puis le mauvais temps d’une guerre civile
Apporta tout le lot d’une tension si vile
Que seul un bon exil apaisa promptement :
Je portai la valise en fuyant le tourment.
Ce voyage forcé nous raffermit encor
Dans un nouveau rapport qui changea le décor.

Maintenant que le temps a usé ma culotte
Je repense aux instants où je suivais sa botte.
Aujourd’hui, sans rancune et sans être éprouvé
Je revis l’infortune en souvenir gravé.
Cette période ancienne est mon lot de jeunesse ;
Elle est là, elle est mienne, et je veux qu’elle renaisse.

A mon tour, l’imitant, je reproduis l’histoire
Et je conte à l’enfant comment faire sa gloire.
De se donner la peine d’égayer son foyer,
D’éviter la sirène encline à s’employer,
L’ironique et railleur qui fustige et qui mord,
D’avoir le ripailleur pour unique renfort.

© Poème posté le 13/02/2015 par Tonindulot

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