Rêve d'Aiglon
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Calme, détendu,
J'écoute la nuit,
J'écoute le temps,
Scrutant les ténèbres
J'y vois l'infini
Un infini de noirceur aspirante
Qui plombe mon esprit de folie douce
Des profondeurs l'étourdissement guette
L'ankylose se glisse un tourbillon
D'images brouillardeuses me saisit
Au corps gelé elle impose la vue
Des cendres froides d'un champ de bataille
Déjà labourée et lardée d'épingles
La terre se réjouit de voir les vers
Creuser dans la boue mon ultime couche
Mille corbeaux noirs grouillent dans le ciel
Fouillant les morts dans le soir enflammé
C'est l'heure où l'esprit décharné s'évade
Blessé rampant je m'étends dans la panse
Encor tiède d'une ignoble charogne
Suaire où m'éteindre hors du mordant glacé
Au couchant un cri rauque et puissant me fait lever le front
Dans le crépuscule douloureux l'Aigle impérial s'embrase
Coeur d'une nuée de sombres fuyards rompus et anxieux
Il embrasse une dernière fois le firmament et tombe
Son orgueil dément pesant sur nos morts
Agrippé au soulier froid du voisin, je brûle de fièvre
J'ai peur, je m'éveille...
Un instant encore,
Mère je vous prie
Laissez la veilleuse encore un instant
Respirer encore,
Songer à mon père
Qui m'exhortait à servir la patrie
Et dans trente jours saura que jamais
Je ne reviendrai
Battre à ses côtés La moisson nouvelle
Ni bécoter les petons de ma belle
Comme deux cent mille autres sacrifiés
Au sévère hiver méprisant nos guerres
J'écoute la nuit,
J'écoute le temps,
Scrutant les ténèbres
J'y vois l'infini
Un infini de noirceur aspirante
Qui plombe mon esprit de folie douce
Des profondeurs l'étourdissement guette
L'ankylose se glisse un tourbillon
D'images brouillardeuses me saisit
Au corps gelé elle impose la vue
Des cendres froides d'un champ de bataille
Déjà labourée et lardée d'épingles
La terre se réjouit de voir les vers
Creuser dans la boue mon ultime couche
Mille corbeaux noirs grouillent dans le ciel
Fouillant les morts dans le soir enflammé
C'est l'heure où l'esprit décharné s'évade
Blessé rampant je m'étends dans la panse
Encor tiède d'une ignoble charogne
Suaire où m'éteindre hors du mordant glacé
Au couchant un cri rauque et puissant me fait lever le front
Dans le crépuscule douloureux l'Aigle impérial s'embrase
Coeur d'une nuée de sombres fuyards rompus et anxieux
Il embrasse une dernière fois le firmament et tombe
Son orgueil dément pesant sur nos morts
Agrippé au soulier froid du voisin, je brûle de fièvre
J'ai peur, je m'éveille...
Un instant encore,
Mère je vous prie
Laissez la veilleuse encore un instant
Respirer encore,
Songer à mon père
Qui m'exhortait à servir la patrie
Et dans trente jours saura que jamais
Je ne reviendrai
Battre à ses côtés La moisson nouvelle
Ni bécoter les petons de ma belle
Comme deux cent mille autres sacrifiés
Au sévère hiver méprisant nos guerres
Poème écrit la 1ère fois en 92...légèrement remanié...
