N'oublie pas que tu viens de l'Afrique
N'oublie pas la sauce jaune
les urines incolores
et inodores du robinet
teintés à la sueur de palmiste.
Tu te bourrais l'estomac
de la pâte de taro
et de cette sauce nobiliaire
héritée de la tradition.
N'oublie pas la chasse aux lézards
les repas de terre cuite
dans des boîtes de conserve
et les rues de ton enfance
où tu marchais sans caleçon.
N'oublie pas la lampe à pétrole
la sublime vierge enceinte
qui nous montrait son enfant
à travers son ventre transparent;
sais-tu qu'elle n'a jamais accouché?
parfois je regarde son ventre
c'est toujours le même bébé
et il est toujours aussi drôle:
qu'il vienne à la vie, bon Dieu
amuser cette terre
qui manque de Jean Michel Kankan
comme nos yeux manquent de lumière.
N'oublie pas les pires heures de souffrance
dans les plantations de caféier
bravant les fourmis
les guêpes les chenilles
pour faire le plein du panier;
le soir à la case
l'esprit harassé
le corps en fièvre
tu te guérissais d'écorces
et la décoction des plantes.
Ton lit plein de moustiques
pleine la lune flamboyante
qui a illuminé
tes rêves pleins d'exil;
enfin tu t'es sauvé
accroché à l'oiseau
à la conquête de l'eldorado.
Où que tu te trouves
n'oublie pas l'Afrique
ton père ta pauvre mère
tes frères scotchés à la misère.
