Le poème de l'adieu
1
I
J’étais encore imberbe lorsque ton image
Se grava dans mon cœur. Et c’est dans une cage
Embrasée par ton soleil que, depuis l’antan,
Naïf, je t’aimais avec l’âme d’un enfant.
Aujourd’hui, le monde a maquillé son visage,
Et moi qui, pour toi, étais resté toujours sage,
J’apprends que l’amour est défendu à seize ans :
La femme n’est-elle donc qu’un jouet amusant ?
C’est en homme que j’espérais te posséder.
Je n’ai aimé qu’une blonde enfant obsédée
Par la légèreté des garçons de mon âge.
Mais quel soleil brillera après cet orage ?
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Je dois m’éloigner de toi, mon tendre bourreau.
Tandis que tu rentres mon sang dans ton fourreau,
Et que je souffre de tous tes coups, je te pleure,
Car en ce dernier vers, c’est ton être qui meurt !
II
et quand deux ans après tu vins me visiter,
j’eus mots définitifs, ô combien incisifs,
ces mots stupides d’oiseau tué par le dard
ces mots stupides d’ado blessé : « c’est trop tard ! »
moi qui porte encor ce rocher
sur lequel ton soleil pesait
et puisque je me souviens
et puisque je me relis
sur ces feuilles jaunies
sans que j’aie rajeuni
qu’à mes cheveux absents
ont fleuri nombre d’ans
que sous le pont l’eau a passé
sans que ses arches aient changé
qu’à trop vouloir jeter les dés
que pirouette m’a manqué
en ce présent du temps enfui
à la sourde aujourd’hui je dis
De tous ces bris d’amour brisé
Mon épitaphe et ma risée
Jamais perdus jamais jetés
Qui ne cessèrent d’exister
Ces fondements d’avoir été
Font droit devant l’éternité
Phrase d’ultime extrémité
Cœur auquel je fus arrimé
J’eus la naissance de t’aimer
Tu fus le feu je fus la braise
Tu fus le toit et moi mortaise
Oui j’eus licence de t’aimer
Et afin qu’autrui aucun ne lèse
Gravons là le sens de ces mots-ci
On devrait savoir ce poids qu’on pèse
En chacun qu’on croise en insouci.
J’étais encore imberbe lorsque ton image
Se grava dans mon cœur. Et c’est dans une cage
Embrasée par ton soleil que, depuis l’antan,
Naïf, je t’aimais avec l’âme d’un enfant.
Aujourd’hui, le monde a maquillé son visage,
Et moi qui, pour toi, étais resté toujours sage,
J’apprends que l’amour est défendu à seize ans :
La femme n’est-elle donc qu’un jouet amusant ?
C’est en homme que j’espérais te posséder.
Je n’ai aimé qu’une blonde enfant obsédée
Par la légèreté des garçons de mon âge.
Mais quel soleil brillera après cet orage ?
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Je dois m’éloigner de toi, mon tendre bourreau.
Tandis que tu rentres mon sang dans ton fourreau,
Et que je souffre de tous tes coups, je te pleure,
Car en ce dernier vers, c’est ton être qui meurt !
II
et quand deux ans après tu vins me visiter,
j’eus mots définitifs, ô combien incisifs,
ces mots stupides d’oiseau tué par le dard
ces mots stupides d’ado blessé : « c’est trop tard ! »
moi qui porte encor ce rocher
sur lequel ton soleil pesait
et puisque je me souviens
et puisque je me relis
sur ces feuilles jaunies
sans que j’aie rajeuni
qu’à mes cheveux absents
ont fleuri nombre d’ans
que sous le pont l’eau a passé
sans que ses arches aient changé
qu’à trop vouloir jeter les dés
que pirouette m’a manqué
en ce présent du temps enfui
à la sourde aujourd’hui je dis
De tous ces bris d’amour brisé
Mon épitaphe et ma risée
Jamais perdus jamais jetés
Qui ne cessèrent d’exister
Ces fondements d’avoir été
Font droit devant l’éternité
Phrase d’ultime extrémité
Cœur auquel je fus arrimé
J’eus la naissance de t’aimer
Tu fus le feu je fus la braise
Tu fus le toit et moi mortaise
Oui j’eus licence de t’aimer
Et afin qu’autrui aucun ne lèse
Gravons là le sens de ces mots-ci
On devrait savoir ce poids qu’on pèse
En chacun qu’on croise en insouci.
I (15/07/1968) & II (05/08/2003)
