Visitation
1
Avant la silencieuse explosion du soleil sur la mer
Immense et frémissant il est venu dans une odeur d'iode et de santal
L'Ange de l'invisible En signe de respect les pins ont courbé la tête
Tandis que l'heure déroulait jusqu'à l'horizon
A travers le porphyre d'eaux blanches et vertes
Un tapis de pourpre splendeur sous la basilique incommensurable
De l'azur
Et tant que l'invisible ainsi vibrait autour des choses
Vrombissant vif comme un millier d'ailes de colibris
En respirant l'aise amoureuse de l'instant
le solitaire
Avançait en plein bonheur Visage inondé de lumière
Sous le cataractant murmure de l'Esprit :
Tel est cet univers que tout ce qu'il contient de merveilleux
Disait hiératique la voix
Doit à jamais rester inaperçu des hommes
Exception faite des petits enfants
des fous et des poètes
De la mer arrivait une sorte d'approbation rocailleuse d'aïeule
Qui ressasse indéfiniment ses souvenirs dans une langue oubliée
Sans avoir conscience qu'elle vient de réciter
La même chose exactement deux minutes plus tôt
Les premiers passants sont venus respirer les embruns sur la jetée
Puis on a entendu le vacarme des premiers moteurs
Et les aboiements des chiens qui se croisent au bout de leurs laisses
Ou posent sans vergogne au milieu du trottoir
Quelque merde autour de laquelle aussitôt s'empressent
Deux trois mouches d'or vert
Les arbres se sont redressés Les drapeaux du port
Sont retombés Sur la ligne des vagues
Un gros paquebot blanc a traversé lentement la baie
En face Aïlenn a paru au balcon cheveux
Dorés buste en avant comme une figure de proue
Elle a fait un signe du bras en souriant
et ce fut le matin.
