(La vie d’un fauteuil)
Bâti de bois, siège de paille
De tout temps il n’a jamais vu
Qu’un seul côté de la médaille
C’est de dos qu’il nous a connu
On dit parfois que sur sa paille
Circulent des bruits en secret
Mais il a su vaille que vaille
Étouffer ces bruits indiscrets
Des chuchotis de midinette
Jusqu’aux ouragans tropicaux
Il a essuyé des tempêtes
A craquer le bois de son dos
Il a vécu sous la mitraille
Et a vieilli au gré des vents
Et il nous connaît en détail
Jusqu’au moindre chuchotement
Bâti de bois, siège de paille
C’est de dos qu’il nous a connu,
Par ce côté de la médaille
On peut dire qu’il a belle vue
Et cet ami des plus discrets
Qui ne nous fait jamais défaut,
Chaque fois il nous reconnaît,
Et nous… Nous lui tournons le dos
