L'autre
Nous eussions pu tous deux ne jamais nous connaître,
Nous croiser sans nous voir, ne pas nous reconnaître
Et nous eussions vécu éloignés l’un de l’autre
Dans ce monde inconstant qui pourtant est le nôtre,
Un monde inamical où tout n’est que paraître
Où le plus important est avoir, et non, être,
Monde où chaque inconnu fait figure de fauve,
Où il faut que l’on tue, à moins, que l’on se sauve
Mais l’amour et la mort n’ont qu’un seul Dieu pour maître
Et pour notre salut il nous fît nous connaître
En éloignant pour nous les orties et les ronces
Ecartant du chemin les horreurs qu’il dénonce.
Il rapprocha nos vies et il faut bien l’admettre
Il nous a réunis et plus encore, peut-être
Nous a offert... L’amour ! C’est ainsi qu’il s’énonce,
Dans ce monde effrayant, on dirait une annonce,
Car nous eussions tous deux pu ne pas nous connaître
Sans ce Dieu malicieux qui reste notre maître.
Et nous eussions vécu ce temps qui est le nôtre
L’un, désespérément, cherchant à trouver l’autre.
