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Carlos Mouraria
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C'était un gamin de la serra,
Il s'appelait Carlos Mouraria.
Pour qu'il puisse manger à sa faim,
Sa mère faisait tourner les norias,
En chantant la destinée, a capella.


Dans la poussière des chemins,
Il rêvait de fleurs d'amandiers sur ses petits matins,
De la mer de paille, de lèvres de corail,
De la légèreté du vinho verde
Sur sa vie de va-nu-pieds.


Sous sa peau, couraient le rythme des sambas de Rio,
La mélancolie de la poésie du fado,
La voile noire du rabelo
Frémissant autrefois au pays du Douro,
La volupté.


Oh ! Ce n'est pas que la misère soit aimantée,
Mais il choisissait, pour amis, les mendiants,
Ces baladins sans soleil couchant,
Des veuves de paradis, des grenadiers,
Des amarantes enflammées.


A la saison des cimetières,
Il jetait, sur les vagues funéraires,
Les cercueils vides des marins péris en mer.
A chaque disparu, il offrait
Une larme d'orange amère.


Sous sa peau, couraient le rythme des sambas de Rio,
La mélancolie de la poésie du fado,
La voile noire du rabelo
Frémissant autrefois au pays du Douro,
La volupté.


Je le vis une dernière fois,
Dans une boîte à matelots, une boîte à couteaux,
Caressant sa guitare
Pour une émouvante chanteuse de fado
Aux couleurs du rabelo.


Un batelier les retrouva enlacés,
Assassinés,
Dans une ruelle assoiffée de Lisboa.
La diva portait, sur son coeur ensanglanté,
Une fraîche fleur d'amandier.


C'était un gamin de la serra,
Il s'appelait Carlos Mouraria.


Automnale



© Poème posté le 20/05/2009 par Automnale

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