Nuit bleue
Le théâtre des rêves enchantés se tait,
Pour laisser s’ébattre l’opéra du silence
Dans les ruines vermeilles des lointains palais
Du sommeil. La nuit ronronne, impassible, immense…
Le gardien des cauchemars, enchaîné, hâve et sourd,
A laissé fuir la mort, et l’horreur s’est lovée
Dans la tiédeur des draps encor fripés d’amour.
Les cloches, vainement, ont dansé et grondé…
Les tours du repos ont déchiré leurs guirlandes
De paix, et se sont effondrées dans le désert
Sans fond des songes, des illusions, des légendes…
La terre a rougi ; la nuit a bleui, amère.
Des semeurs de souffrances ont ravi leurs éclats
Aux marchands de sable. Envolés en poussière
Vers l’étoile et la lune et les cieux de grenat,
Ils ont heurté des vies de leurs flammes si fières.
