J'avais, jeune garçon, l'éternité pour moi.
Chronos était ronchon, j'habitais hors ses lois.
Vorace en émotions, effronté, souvent sourd,
Avec mes compagnons, j'affrontais ses tambours.
Des fils dans les branches. Nos voisins ? les oiseaux !
Mission du dimanche : construire des châteaux.
Du chêne bienveillant, au noyer facétieux,
Nous volions en glissant, nous pourfendions les cieux.
Les amarres passant souvent près d'une ronce,
Prenaient de notre sang, en tribut, parfois l'once.
Et d'une pointe d'or, chaque goutte versée,
Gravait nos jeunes corps de sillons enchantés.
Mais le sable a repris ses droits sur la forêt,
Elle n'offre plus l'abri aux cris, aux rires, aux geais.
Et mes amis de bois perdent leurs belles plumes,
Et nos filins de soie s'étiolent dans la brume.
Ils n'ont pas disparu, ces éternels instants.
Comme un ruisseau en crue, débordant par moments,
Ils affleurent en rêve et murmurent leurs joies,
Peignent sur mes lèvres des souvenirs de moi.
