J'ai le souvenir enchanté,
Chère Lucia, de cet été
Où, touchés par la même flèche,
Nous fûmes les jouets heureux
Du petit dieu des amoureux,
Toujours espiègle et sur la brèche.
Craignant la chaleur et l'ennui
Du jour, nous attendions la nuit
Pour abandonner notre cache
Et flâner entre ces jardins
Où d'honorables citadins
Viennent parfois faire relâche.
Sous les feuillages frémissants
De grands arbres aux troncs puissants,
Nous allions, veillés par la lune
Dans un clair-obscur familier
Où le plus modeste hallier
Faisait notre bonne fortune.
Tout au long de notre chemin
Flottait un parfum de jasmin
Mais aussi entre autre fragrance,
Celle de la fleur d'oranger
Échappée d'un proche verger,
Venant lui faire concurrence.
On entendait dans les réseaux
De branches souples des oiseaux
Mener bon train leur sérénade
Et, plus discret dans le lointain,
Le brouhaha calme et mutin
De badauds en leur promenade.
Parfois, d'un balcon, provenait,
Qu'une voix douce accompagnait,
De légers accords de guitare,
Thème d'une chanson d'amour
Qui évoque dans son discours
Combien ce mal nous accapare.
Et pour que la fête des sens
Soit belle et prenne tout son sens,
Sous des tonnelles entrouvertes,
Je profitais avec ferveur
De pouvoir goûter la saveur
De tes douces lèvres offertes.
Mes mains enclines à l'action
Faisaient alors l'exploration
De tes courbes sensationnelles,
Cherchant tout au long de ton corps,
Avec ton implicite accords,
D’insoupçonnables voies nouvelles.
J'ai le souvenir enchanté,
Chère Lucia, de cet été
Où, touchés par la même flèche,
Nous fûmes les jouets heureux
Du petit dieu des amoureux,
Toujours espiègle et sur la brèche.
