Glou-glou !
Un poisson vivotait dans les eaux d’un bocal,
Sujet, par solitude, à l’ennui sidéral
Quand un jour, Ô Triton ! la main d’un bon génie
Fit glisser dans sa geôle un peu de compagnie.
Ah ! Pouvoir s’épancher ! Enfin vider son cœur !
Pouvoir damner le sort devant un auditeur !
Mais le nouveau venu, parent d’allure louche,
Arbore un faux rictus sur le coin de la bouche.
« Dieu de l’Eau ! clame l’hôte à son hôte amoché.
Pour être en cet état, faut-il avoir péché ! »
L’autre, mangeant ses mots, se montre volubile
Pour cacher les raisons du trou qui le mutile.
En son aquarium, il sait que ce poisson
Se baignant d’ignorance ignore l’hameçon.
Il raconte et pourtant son récit se disperse,
Il présente, il explique, et puis il tergiverse ;
En bulles s’élevant, sa verve coule à flot,
Tournant dans le bocal, il tourne autour du pot ;
Il embrouille, atermoie, il finasse, louvoie,
Parle pour ne rien dire et s’en donne à coeur joie,
Si bien que l’auditoire, atteint par ce discours,
S’y perd à son grand dam sans possible recours.
Pour ne plus écouter ces choses inouïes,
Le poisson, excédé, se boucha les ouïes.
