Je me souviens
C'était un fier et long paquebot aux infinies coursives
Une élégante silhouette à la robe en dentelle blanche
Arborant en rouge noire ses cheminées et chapeaux
Elle déroule le long des ponts canots et bastingages
De ses puissantes hélices secouant l’Atlantique océan
Naviguant du Havre vers New York sur ces eaux vives
Elle invite les passagers dans la piscine bleue ouverte
Vers les cabines les salons aux moquettes Bordeaux
Je me souviens
Une visite au France dernier Steamer des mers
Je me souviens
C’était une fierté de paquebot à l’économie chancelante
Le Temps est au rapide au toujours plus vite à l’aviation
Défendre bec et ongles préférer se saborder qu’évoluer
Changer transformer réinventer On a gagné On a gagné
Autant de syndicats vindicatifs que de grèves à répétition
Gâchis à l’horizon fermé d’une vision limitée obligeante
Tous ces personnels et équipages désormais débarqués
Dans les limbes de l'oubli le fier navire sombre et chavire
Je me souviens
Abandonné pour des années au Quai de l'oubli
Je me souviens
C'était l'année de mon bac pour ce coup de sifflet final
Une foule immense abasourdie pour ce dernier départ
Résonnant en guise d’adieu aux trois coups de sirènes
Qui répond hébétée par un lourd assourdissant silence
Ce fier paquebot devenu désormais navire de croisière
Abandonnant au Havre ses amarres et ses emblèmes
S’enfuit escorté de son abeille Provence de son chenal
Vers un nouveau destin portant d’un autre pays le nom
Je me souviens
Sillonnant en Norway les confins et les mers du monde
Je me souviens
